36
PREFACE.
« pour mieux faire sentir ce qu’il y a d’éphémère et de tumultueux« dans la succession des civilisations? A Dieu ne plaise! Tout au« conti-aire, elle se réfléchit dans le système entier des actions hu-it maines, et les marques d’un profond caractère de paix et de séré-« nité. Quand il a été établi que les vicissitudes de l’histoire ne nais-« sent pas d’un vain caprice des volontés, mais qu’elles ont leurs« fondements dans les entrailles mêmes de l’univers, qu’elles en« sont le résultat le plus élevé, et que c’était une condition du monde« que nous voyons de faire naître à telle époque telle forme de civi-« lisation , tel mouvement de progression ; que ces divers phéuomè-« nés entrent en rapport avec le domaine entier de la nature, et par-« licipgnt de son caractère, ainsi que toute autre espèce de production« terrestre ; les actions humaines se présentent alors comme un nou-« veau règne, qui a ses harmonies, ses contrastes et sa sphère dé-« terminés. »
Ainsi s’exprime Ilerder par la voix de son éloquent interprète.
Au surplus , ces nobles systèmes appliqués à l’histoire ne sont pasaussi nouveaux qu’ils le paraissent. Un homme, patiemment endormipendant un siècle et demi dans sa poussière , vient de ressusciterpour réclamer sa gloire ajournée ; il avait devancé son temps ; quandl’ère des idées qu’il représentait est arrivée, elles ont été frapper àsa tombe et le réveiller : je veux parler de Vico.
Dans son ouvrage de la Science nouvelle , Vico, laissant de côtél’histoire particulière des peuples, posa les fondements de l’histoiregénérale de l’espèce humaine.
« Tracer l’histoire universelle éternelle, » dit M. Michelet dans satraduction abrégée et son analyse précise et bien sentie du systèmede Vico, « tracer l’histoire universelle éternelle qui se produit dans le« temps sous la forme des histoires particulières ; décrire le cercle
* idéal dans lequel tourne le monde réel, voilà l’objet de la Science« nouvelle; elle est tout à la fois la philosophie et l’histoire de l’hu-« manité.
« Elle tire son unité de la religion, principe producteur et con-« servateur de la société. Jusqu’ici on n’a parlé que de théologie na-« turelie, la Science nouvelle est une théologie sociale, une démons-« tration historique de la Providence, une histoire des décrets parii lesquels, à l’insu des hommes et souvent malgré eux, elle a gou-« verno la grande cité du genre humain. Qui ne ressentira un divin
* plaisir en ce corps mortel, lorsque nous contemplerons ce monde