FilEFACE.
S à
« ment des bêtes sauvages ? Ainsi, captif dans les bornes du monde,« l’infini s’agite pour en sortir; et l’humanité qui l’a recueilli, saisie« comme d’un vertige, s’en va, en présence de l’univers muet, che-« minant de ruines en ruines, sans trouver où s’arrêter. C’est un voya-« geur pressé, plein d’ennui, loin de ses foyers ; parti de l’Inde avant« le jour, à peines’est-i! reposé dans l’enceinte de Babylone, qu’il brise« Babylone; et, restant sans abri, il s’enfuit chez les Perses, chez« les Mèdes, dans la terre d’Égypte. Un siècle, une heure, et il brise« Palmyre, Ecbatane et Memphis; et, toujours renversant l’enceinte« qui l’a recueilli, il quitte les Lydiens pour les Hellènes, les Hellènes« pour les Étrusques, les Étrusques pour les Romains, les Romains« pour les Gèles, les Gètes.... Mais que sais-je ce qui va suivre?« Quelle aveugle précipitation ! Qui le presse ? Comment ne craint-il« pas de défaillir avant l’arrivée ? Ah 1 si dans l’antique épopée nous« suivons de mers en mers les destinées errantes d’Ulysse jusqu a son« île chérie, qui nous dira quand Uniront les aventures de cet étrange« voyageur, et quand il verra de loin fumer les toits de son Ithaque ?
« Ainsi, nous touchons aux premières limites de l’histoire. Nous« quittons les phénomènes physiques pour entrer dans le dédale des« révolutions qui marquent la vie de l’humanité. Adieu ces douces« et paisibles retraites, ce repos immuable, cette fraîcheur et cette« innocence dans les tableaux ; l’air que nous allons respirer est dé-« vorant, le terrain que nous foulons aux pieds est souillé de sang,« les objets y vacillent dans une éternelle instabilité : où reposer mes« yeux? Le moindre grain de sable battu des vents a en lui plus« d’éléments de durée que la fortune de Rome ou de Sparte. Dans« tel réduit solitaire je connais tel petit ruisseau dont le doux mur-« mure, le cours sinueux et les vivantes harmonies surpassent en« antiquité les souvenirs de Nestor et les annales de Babylone. Au-« jourd’hui, comme aux jours de Pline et de Columelle, la jacinthe« se plaît dans les Gaules, la pervenche en Illyrie, la marguerite sur« les ruines de Numance; et, pendant qu’autour d’elles les villes ont« changé de maîtres et de nom, que plusieurs sont rentrées dans le« néant, que les civilisations se sont choquées et brisées, leurs pai-« sibles générations ont traversé les âges, et se sont succédé l’une à« l’autre jusqu’à nous, fraîches et riantes comme aux jours des ba-« tailles.
« Cette permanence du monde matériel ne doit-elle donc ici qu’exci-
ter de vains regrets, et cette masse imposante u’est-elle là que