PKEFACE.
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« Fils de Dieu, venant sur la terre pour y mourir, offre une triple« expiation. Par Marie, sa mère, il est le fils d’Adam, le fils de Da-« vid , le Fils de l'Homme, c’est-à-dire l’enfant du premier péelieur,« l’enfant du peuple choisi, l’enfant du genre humain. 11 y a donc,« en un sens mystique, identité entre un homme, une nation, et« l’humanité tout entière. Pour ces trois unités vivantes, d’une na-ît ture semblable, quoique d’un ordre différent, il y a trois degrés« nécessaires avant d’arriver à la perfection, dont le salut dépend, à« savoir : l’épreuve, l’initiation , l’expiation.
« Eh bien ! partout dans les croyances des peuples, partout dans« les chants des poètes, partout dans les souvenirs de l’histoire, le« mythe chrétien se reproduit.
« Aux temps fabuleux, Prométhêe ravit la flamme du ciel : initié« au secret des dieux, il expie sa témérité dans les tourments. Aux« temps héroïques, Orphée, initiateur des peuples, perd une seconde« fois Eurydice, parce qu’il a voulu surprendre le secret des enfers.« Aux temps historiques, Brutus, après avoir consulté l’oracle, af-u franchit le patriciat de l’autorité des rois, et le sang généreux de« Lucrèce coule pour l’expiation. Plus tard, c’est Virginie sacrifiée« par son père, pure victime, dont la mort consacre l’émancipation«delà plèbe, c’est-à-dire l’initiation d’un peuple à la liberté. Dansh ces faits, choisis au hasard entre mille autres faits analogues, l’é-« preuve à subir, l’énigme à deviner, et le sacrifice d’une vie inno-« cente, ces trois grands traits du mythe chrétien sont partout recon-» naissables.
« Rechercher, restaurer, rapprocher ces lambeaux défigurés d’une« idée à la fois une et triple, n’a été que la partie matérielle d’un« grand travail, la tâche de l’érudition et de la science : mais avoirn appliqué aux phénomènes de la vie des nations le dogme chrétien ;'i avoir retrouvé dans chaque peuple l’homme dont parle l’Écriture ;n voilà l’inspiration religieuse, et en même temps la pensée philo-« sophique. »
L’histoire vue de si haut ne convient peut-être pas à toutes lesintelligences; mais celles mêmes qui se plaisent aux lectures facilestrouveront un charme particulier dans la Palingénésie sociale deM. Ballanche. Un style élégant et harmonieux revêt des penséesconsolantes et pures : il semble que l’on voit tous les secrets de laconscience calme et sereine de l’auteur, comme à la tranquille etmystérieuse lumière de sou imagination. Ce génie théosophique ne