42
PRÉFACE.
nous laisse rien à envier à l’Allemagne et a l’Italie. Je ne sais si Yico,Herderct M. Ballanche, en appliquant leurs formules à l’histoire,ne confondent pas un peu des sujets et des genres divers ; mais cer-tainement ils agrandissent l’homme : il est bon que l’historien ait unehaute idée de l’espcce humaine, afin d’écrire avec plus de noblessede ses droits et de ses libertés.
Tandis que le mouvement des esprits dans la France et l’Allema-gne s’accroissait, la Grande-Bretagne demeurait stationnaire. L’é-cole d’Édimbourg a fait avancer les études philosophiques : les Es-quisses de philosophie morale de Dugald Stewart ont été traduitespar M. Jouffroy, jeune professeur qui commence à battre en ruine,avec une logique claire et puissante, des systèmes dont l’esprit dujour est infatué. Mais, sous les rapports historiques, comme l’An-gleterre jouit depuis longtemps de franchises considérables ; commeelle s’est bien trouvée de ces franchises pour sa prospérité, sa paixet sa gloire, ses écrivains n’ont point été conduits à considérer lesfaits dans le but d’un meilleur avenir. La liberté aristocratique, quijusqu’ici a dominé les libertés royales et populaires à Westminster,a jeté les idées dans un moule uniforme dont elles n’ont point cher-ché à se dégager : cela se remarque jusque dans les écrivains écono-mistes de la Grande-Bretagne ; ils envisagent l’impôt, le crédit, lapropriété de tous genres, dans le sens des institutions actuelles deleur pays.
Mais, par l’influence croissante de l’industrie, par l’importationdes principes du continent, il se forme actuellement dans les troisroyaumes-unis une classe d’hommes dont les idées ne sont plus an-glaises : on les distingue très-bien, ces idées, à leur couleur, dansles livres, dans les discours à la chambre des lords, à la chambredes communes : tôt ou tard elles renverseront la constitution de1688. Le premier pas dans cette route a été l’émancipation de l’Ir-lande catholique; le second sera la réforme parlementaire : alorsla vieille Angleterre aura ses révolutions, et son histoire se renou-vellera.
En ces derniers temps, Y Histoire d’Angleterre par le docteur Lin-gard s’est fait remarquer; elle ne dispense poiut de lire les historiensdes deux anciennes écoles whig et tory. Il y a eu grand scandalelorsqu’on a vu un prêtre catholique anglais trouver Charles I er cou-pable, et ne blâmer que la forme dans l’exécution de ce prince.
L’Angleterre n’était pas riche eu mémoires ; ils commencent à s’y