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PRÉFACE.
La noble indépendance de madame de Staël lui valut l’exil et les per-sécutions qui ont avancé sa mort. Buonaparte apprit, et Buonaparloaurait dû le savoir, que le génie est le seul roi qu’on n’enchaine pasà un char de triomphe.
Je ne puis me refuser, comme dernière preuve du talent éminentde madame de Staël, à transcrire ce paragraphe sur la catastrophede Robespierre : « On vit cet homme, qui avait signé pendant plus« d’une année un nombre inouï d’arrêts de mort, couché tout san-« glant sur la table même où il apposait son nom à ses sentences fu-« nestes. Sa mâchoire était brisée d’un coup de pistolet; il ne pou-« vait pas même parler pour se défendre, lui qui avait tant parlé pour« proscrire ! »
On ne saurait trop déplorer la (in prématurée de madame de Staël ;son talent croissait, son style s’épurait; à mesure que sa jeunessepesait moins sur sa vie, sa pensée se dégageait de son enveloppe etprenait plus d’immortalité.
Sous le titre modeste ; Du sacre des rois de France, et des rapportsde cette cérémonie avec la constitution de VÉtut , aux differents âgesde la monarchie, M. Clause! de Coussergues a écrit un volume quirestera : les amateurs de la clarté et des faits bien classés, sans pré-tention et sans verbiage, y trouveront à se satisfaire.
M. Fiévée a renfermé, dans le cadre étroit de sa brochure intituléeDes Opinions et des Intérêts, beaucoup d’idées neuves et d’aperçusingénieux sur notre histoire.
J’ai parlé ailleurs de Y Histoire des Croisades ; je me contenteraide dire ici que les traductions et les extraits des annalistes des croi-sades , tant orientaux qu’occidentaux, ajoutés comme preuves auxnouvelles éditions, sont un recueil extrêmement recommandable.M. Michaud s’est placé dans son Histoire; il est allé, dernier croisé,à ce tombeau où je croyais avoir déposé pour toujours mon bâtonde pèlerin.
L’Histoire de Pologne, avant et sous le roi Jean Sobieski, deM. Salvandy, est un ouvrage grave, bien composé. « Ce fut Sobieski,« dit l’historien, dont le bras redoutable posa la borne que la domi-« nation des Osmanlis ne devait plus franchir. Ce fut devant ses« victoires que cette dernière invasion des barbares, jusque-là tou-« jours indomptable et menaçante, vint briser sa furie ; elle n’a fait
« depuis lors que retirer ses flots.
« Soldat et prince, tous ses jours s’écoulèrent dans le perpétuel sa-