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On se console pourtant en trouvant dans ce chaos de bassesse etd’ignominie quelques écrits consciencieux, dont les auteurs s’atta-chent à reproduire sincèrement ce qu'ils ont vu et ce qu’ils ontéprouvé. Le travail de ces auteurs doit être considéré comme deprécieux renseignements historiques ; MM. de Las Cases et Gour-gaud doivent être crus quand ils parlent du prisonnier de Sainte- *Hélène.
Non- seulement M. Carrel a publié l’Histoire de la contre-révolu-tion en Angleterre sous Charles II et Jacques II, histoire écrite aveccette mâle simplicité qui plait avant tout ; mais, en rendant comptede divers ouvrages sur l’Espagne, il adonné lui-même une noticehors de pair. On y trouve une manière ferme, une allure décidée,quelque chose de franc et de courageux dans le style, des observa-tions écrites à la lueur du feu du bivouac, et des étoiles d’un cielennemi, entre le combat du soir et celui qui recommencera à ladiane. «La narration d’un brave expérimenté, dit Gaspard de Tavan-« nés, est différente des contes de celui qui n’a jamais eu les mains« ensanglantées de ses fiers ennemis stir les plaines armées. » On sent .dans M. Carrel une opinion fixe qui ne l’empêche pas de comprendrel’opinion qu’il n’a pas, et d’être juste envers tous. Si le simple sol-dat sans instruction , sans moyen de fixer ses pensées, est intéres-sant dans les récits des assauts qu’il a livrés, des pays qu’il abattus, l’homme d’éducation et de mérite, devenu soldat volontairepour une cause dont il s’est passionné, a bien d’autres moyens defaire passer ses sentiments dans les âmes auxquelles il s’adresse.Qu’on se figure un Français errant sur les montagnes d’Espagne,allant demander, aux pasteurs dont il croit défendre la liberté, unehospitalité guerrière: dans cette intimité d’une vie d’aventures et depérils, il surprendra le secret des mœurs , et mettra sous vos yeuxune société qu’aucun autre historien ne vous aurait pu montrer. J’aitraversé l’Espagne, j’ai rencontré ces Arabes chrétiens auxquels laliberté politique est si indifférente, parce qu’ils jouissent de l’indé-pendance individuelle, et je n’ai retrouvé le peuple que j’ai vu quedans le récit de M. Carrel.
L’auteur trace rapidement le tableau de la guerre de Catalogne en1823 ; il représente le courage de Mina, et la marche de cet habilechef dans les montagnes.Nous tous qui, dispersés par les orages denotre patrie, avons porté le havresac et le mousquet en défense de no-tre propre opinion pour des causes étrangères, nous éprouvons un