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PRÉFACE.
cle qui s’étend à mesure que les lumières et la liberté se développent.Le christianisme a eu plusieurs ères : son ère morale ou évangélique,son ère des martyrs, son ère métaphysique ou théologique, son èrepolitique : il est arrivé à son ère ou à son âge philosophique.
Le monde moderne prend naissance au pied de la croix. Les nationsmodernes sont composées de trois peuples, païen, chrétien et bar-bare : de là la nécessité, pour les bien connaître, de remonter à leursorigines; de là l’obligation, pour l’historien, de reprendre les faits autemps d’Auguste, où commencent à la fois l’empire romain, le chris-tianisme et les premiers mouvements des barbares.
Ainsi : histoire de l’empire romain mêlée à l’histoire du christia-nisme, lequel attaque au dedans la société païenne, tandis que lesbarbares l’assaillent au dehors : histoire des invasions successivesdes barbares ; il en faut distinguer deux principales : l’une quand lesbarbares n’avaient point encore reçu la foi ; l’autre lorsqu'ils étaientdevenus chrétiens.
Principaux vices de l’ancienne société : elle était fondée sur deuxabominations, le polythéisme et l’esclavage. Le polythéisme, enfaussant la vérité religieuse, l’unité d’un Dieu, faussait toutes les vé-rités morales ; l’esclavage corrompait toutes les vérités poiitiques.
Philosophie des païens : ce qu’elle donna au christianisme et ceque le christianisme reçut d’elle. Les philosophes grecs firent sortirla philosophie des temples, et la renfermèrent dans les écoles ; lesprêtres chrétiens firent sortir la philosophie des écoles, et la livrèrentà tous les hommes.
Le polythéisme se trouva, sous Julien, dans la position où le chris-tianisme se trouve de nos jours ; avec cette différence qu’il n’y auraitrien aujourd’hui à substituer au christianisme, et que s-ous Julien lechristianisme était là, tout prêt à remplacer l’ancienne religion. Inu-tiles efforts de Julien pour faire rétrograder son siècle : le temps nerecule point, et le plus fier champion ne pourrait le faire rompre d’unesemelle. Conversion de Constantin, destruction des temples. Lavérité politique commence à rentrer dans la société par la moralechrétienne et par les institutions des barbares. Entre les grands chan-gements opérés dans l’ordre social par le christianisme, il faut re-marquer principalement l’émancipation des femmes, qui néanmoinsn’est pas encore complète par la loi, et le principe de l’ègalitè hu-maine, inconnu de l’antiquité polythéiste.
Toutes les origines de notre société ont été placées deux siècles