PBÉFACE.
75
le Martel au lieu de Karle-Marteau : c’est absolument la même chosedans la vieille langue, et j’espère que l’habitude du Martel fera par-donner au Karle.
J’avais commencé des recherches assez considérables sur les Gau-lois ; l’ouvrage de M. Atnédée Thierry a paru , et j’ai abandonnéinon travail : il était dans la destinée des deux frères de m’instruireet de me décourager.
Mais si je me suis soumis aux heureuses innovations de l’écolemoderne, je combats aussi quelques-uns de ses sentiments : je nepuis admettre , par exemple, que les Franks fussent des espèces desauvages tels que ceux chez lesquels j’ai vécu en Amérique ; les faitsrepoussent cette supposition. Je rejette également la seconde inva-sion des Franks, laquelle aurait mis les Carlovingiens sur le trône :j’ai dit plus haut les motifs de mou incrédulité. Quant à l’ancienneécole, je lui nie sa doctrine de l’hérédité des rois de la première etde la seconde race ; je soutiens que l'élection était partout; qu’il nepouvait y avoir usurpation là où il y avait élection. 11 y a plus : j’a-vance que l’Iiérédité est une chose nouvelle dans les successions sou-veraines ; que l’antiquité européenne tout entière l’a ignorée ; quecette hérédité n’a commencé qu’à Hugues Capet, au dixième siècle ,par une raison que j’indiquerai dans un moment.
L’antiquité romaine barbare Finit vers la fin de la seconde race,et alors s’opère une des grandes transformations de l’espèce humainepar l’établissement de la féodalité. Le moyen âge fut l’ouvrage duchristianisme, mêlé au tempérament des barbares et aux institu-tions germaniques.
Avant d’entrer dans l'analyse raisonnée des règnes de la troisièmerace, je montre quelle était la communauté chrétienne et quelleétait la constitution de l’Église chrétienne, deux choses différentesl’une de l’autre. Je prouve que l’Église chrétienne était une monar-chie élective, représentative, républicaine, fondée sur le principe dela plus complète égalité ; que l’immense majorité des biens de l’É-glise appartenait à la partie plébéienne des nations ; qu’une abbayen’était qu’une maison romaine ; que le pape, souvent tiré des der-nières classes sociales, était le tribun et le mandataire des libertésdes hommes; que c’était en cette qualité d’unique représentantd’une vérité politique opprimée, qu’il avait mission et qualité dejuger et de-déposer les rois. Je dis qu’à cette époque où le peupledisparut, le peuple se Fit prêtre, et conserva sous ce déguisement l’u-