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PREFACE.
Après ces deux règnes, je reprends l’analyse raisonnée , et je la con-tinue jusqu’à la mort de Louis XVI.
Les Études ou Discours historiques très-étendus, qui vont d’Augusteà Augustule, montrent par la profondeur des fondements l’intentionoù j'étais d’élever un grand édifice : le temps m’a manqué; je nepuis bâtir, sur les masses que j’avais enfoncées dans la terre, qu'uneespèce de baraque en planches ou en toile, peinte à la grosse brosse,représentant tant bien que mal le monument projeté, et entremêlée doquelques membres d’architecture sculptés à part sur mes premiersdessins. Quoi qu’il en soit, voici ce que l’on trouve dans le tracé demon plan, autrement dans mon Analyse raisonnée :
Pour les deux premières races , j’adopte généralement les idées deYècole moderne; je ne transforme point les Franks en Français ; jevois la société romaine subsister presque tout entière, dominée parquelques barbares , jusque vers la fin de la seconde race. Je suis lesystème de M. Thierry quant aux noms propres de la première et dela seconde race. Rien en effet ne fixe mieux le moment de la méta-morphose des Franks en Français que les altérations survenues dansles noms. Mais je n’ai pas tout à fait orthographié les noms frankscomme l’auteur des Lettres sur l’histoire de France; je n’écris pasKhlodowig ou Chlodowig pour Clovis; j’écris Khlodovigh; je blessemoins ainsi, ce me semble, les habitudes de notre œil et de notreoreille. La première syllabe de Clovis reste Klo ; en l’écrivant Chlo ,la prononciation française obligerait à dire Chelo ; j’ajoute un h au gcomme dans l’allemand, ce qui, adoucissant ou mouillant le g , faitcomprendre comment le gh a pu se changer en s. Je n’insiste pas surl’orthographe des autres noms, on la verra.
Au surplus, elle est justifiée parles chroniqueurs latins, germani-ques et vieux français ; du Tillet et surtout Chantereau-Lefebvrel’ont essayée dans quelques noms : il me semble utile que celte ré-forme passe enfin dans notre histoire. J’avoue cependant que j’ai éffaible à l’égard de Charlemagne ; il m’a été impossible de le changeren Karle le Grand , excepté en citant le moine de Saint-Gall. Quevoulez-vous ! on ne peut rien contre la gloire ; quand elle a fait unnom , force est de l'adopter, 1 eût-elle mal prononcé. Les Grecsétaient grands corrupteurs de la vérité syllabique ; leur oreille poé-tique et dédaigneuse , sans s’embarrasser de la vérité historique,ramenait de force les noms barbares à l’euphonie. J’écris aussi Karle