II
AVERTISSEMENT.
décrié par ses contemporains. Bassompierre, sur-tout, parle de lui d’une façon méprisante. Tallemantdes Réaux , qui n’épargne personne , explique ainsison élévation : >< Le roi prit amitié pour Saint-Simon,à cause, disait-il, que ce garçon lui apportait tou-jours des nouvelles certaines de la chasse, qu’il netourmentait pas trop ses chevaux, et que, quand ilportait en un cor, il ne bavait pas dedans. »
Quoi qu’il en soit de la capacité du duc de Saint-Simon, ce n’était pas une âme vulgaire, et nous n’envoulons pour preuve que son fils. L’auteur des Mé-moires avait au plus haut degré toutes les qualitésque peut donner la plus excellente éducation ; ilsuffit de le lire pour être convaincu qu’il n’avait reçuque de bons exemples dans sa famille, et que l’hon-neur, la bonne foi, l’austérité des mœurs, la recon-naissance pour Louis XIII, étaient les vertus qu’ilavait sucées avec le lait. Il ne faut pas perdre de vue,en le jugeant, ce premier fond de vertus solides etrespectables, qui a tant influé sur toute sa vié, etsur son talent même. C’est par là qu’il a pu traverser,sans en être ébloui, les années les plus glorieusesdu règne de Louis XIV, résister, malgré sa jeunesse,à l’enthousiasme qui aveuglait le reste des courti-sans ; juger sévèrement, et quelquefois même du-rement , une politique qui ne trouvait que desadorateurs, et au milieu d’une cour hypocrite etcorrompue, vivre, penser et parler en sage.