XII
AVERTISSEMENT.
puissant, qui pouvait se porter pour le représentantde toute la noblesse, et qui, aux yeux de Saint-Si-mon , avait plus de droits que les parlements à seconsidérer comme le contre-poids légitime et efficacede la toute-puissance royale.
Saint-Simon , qui savait tout ce que vaut la tradi-tion dans une monarchie de droit divin, comparait lapairie déchue d’une puissance presque égale a celledes rois, et les parlements, élevés, par des degrésinsensibles, de la condition de greffiers à celle dejuges , et enfin de pouvoir politique. Il voyait d’uncôté les plus grands seigneurs du royaume et les plusindépendants par leur nom, leurs alliances et leurfortune ; de l’autre des légistes , sortis du tiers état,individuellement obscurs, vieillis dans les procédures,attachés par état à la faveur, briguant des intendances,obligés de faire leur cour aux ministres , et, jusquedans leur propre corps , à leurs présidents. Enfin ilopposait les charges de judicature, acquises pour del’argent, aux honneurs de la pairie, conférés le plussouvent comme récompenses d’éclatants services.Peut-être même comprenait-il que l’autorité de lanoblesse (ou de la pairie, qui la représentait) et celledu roi, reposaient sur le même fondement; tandisque la grandeur et l’autorité des parlements, ou nereposaient sur aucun fondement, ou reposaient surun principe qui deviendrait fatal, avec le temps , à lamonarchie et à tous les droits qu’elle consacre. Ces