XIV
AVERTISSEMENT.
n’étaient, départ et d’autre, que la couverture d’unelutte sérieuse entre la bourgeoisie et la noblesse.Nous pourrions nous y tromper aujourd’hui, faute decomprendre la situation des partis; mais alors, lesducs et les parlementaires savaient parfaitement cequ’ils faisaient ; et la lutte de Saint-Simon contre lepremier président, Achille de Harlay, futile en appa-rence, roulait en réalité sur des objets importants etdignes de passionner de tels hommes.
C’est de la même façon qu’il faut entendre lesplaintes perpétuelles de Saint-Simon contre les princesétrangers et contre le pouvoir croissant des ministres.Tandis que les princes étrangers , en obtenant desdistinctions au-dessus des ducs, ravalaient dans l’o-pinion la première dignité du royaume, et don-naient plus de facilité aux rois et aux parlements d’enavoir bon marché, les ministres, instruments directsdu pouvoir royal, en pliant la noblesse sous unerègle commune, achevaient de lui ôter la forcequ’elle tirait de sa position. Désarmer ainsi la no-blesse, c’était, dans les idées de Saint-Simon , éman-ciper la royauté , et du même coup la compromettre.La ruine de l’aristocratie le faisait trembler à la foispour la liberté et pour la royauté. Aussi, lorsqueLouvois établit dans l’armée l’ordre du tableau et unservice d’inspection , ces sages et équitables mesuresparurent-elles, à Saint-Simon, le comble du désordre,parce qu’en substituant le mérite à la naissance, elles