AVERTISSEMENT.
XXI
toute sa vie fidèle aux mêmes principes, aux mêmesamitiés, et, s’il faut le dire, aux mêmes antipa-thies.
Le reproche le plus sérieux qu’on puisse faire àces Mémoires, c’est d’être très-fortement empreintsde la personnalité de leur auteur, et par conséquent,dans toutes les matières qui excitent ses passions, desoutenir ardemment, et quelquefois obstinément, lacause qu’il avait choisie. Il est révolté du despotismeet de l’égoïsme de Louis XIV : il en accumule lespreuves, et les raconte avec une énergie passionnée.Il hait les bâtards, et par-dessus tout le duc du Maine :si on l’en croit, cet élève favori de Mme de Main-tenon est le roi des fourbes et des traîtres, et quoi-que ce nom revienne à chaque pas sous sa plume, onpeut jurer qu’il ne l’a pas écrit une seule fois sansémotion. Les présidents de Harlay, Maisons, de Mes-mes ont pris parti contre les ducs dans l’affaire dubonnet : il les peint avec des couleurs que Tacite n’eùtpas désavouées, et les livre au mépris et à l’exécra-tion de la postérité. Sous sa plume, le fils de Pont-chartrain devient un tyran subalterne, un cyclope, fa-rouche dans le pouvoir, sans dignité dans la disgrâce ;Villeroy est un favori glorieux et imbécile ; Albéronin’arrive au pouvoir qu’après avoir rampé dans l’or-dure et dans les plus ignobles flatteries ; le duc duMaine est un cafard et un scélérat; Vendôme et Vil-lars des larrons de gloire. Louis XIV lui-même, dis-