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LOUIS XIV
mort de Mazarin, s’il n’eut pas assez de force pourse délivrer plus tôt. C’est même un des beaux en-droits de sa vie, et dont le fruit a été, du moins,de prendre cette maxime, que rien n’a pu ébran-ler depuis, d’abhorrer tout premier ministre, etnon moins tout ecclésiastique dans son conseil. Ilen prit dès lors une autre, mais qu’il ne put sou-tenir avec la même fermeté, parce qu’il ne s’aper-çut presque pas, dans l’effet, qu’elle lui échappâtsans cesse : ce fut de gouverner par lui-même, quifut la chose dont il se piqua le plus, dont on leloua et le flatta davantage, et qu’il exécuta lemoins.
Né avec un esprit au-dessous du médiocre, maisun esprit capable de se former, de se limer, dese raffiner, d’emprunter d’autrui, sans imitationet sans gêne, il profita infiniment d’avoir toutesa vie vécu avec les personnes du monde qui toutesen avaient le plus, et des plus différentes sortes,en hommes et en femmes de tout âge, de toutgenre et de tout personnage. Il aima la gloire, iivoulut l’ordre et la règle; il est né sage, modéré,secret, maître de ses mouvements et de sa langue ;le croira-t-on? il était né bon et juste, et Dieu luiavait donné assez pour être un bon roi, et peut-être même un assez grand roi. Tout le mal luivint d’ailleurs. Sa première éducation fut tellementabandonnée, que personne n’osait àpprocher de