ET SA COUR.
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affaires l’avait forcé à de furieux impôts ; que l’étatoù- elles se trouvaient réduites le mettait dans lanécessité de les augmenter très-considérablement ;que, outre la compassion, les scrupules de prendreainsi les biens de tout le monde l’avaient fort tour-menté ; qu’à la fin il s’en était ouvert au père Tel-lier, qui lui avait demandé quelques jours à ypenser, et qu’il était revenu avec une consultationdes plus habiles docteurs de Sorbonne, qui déci-dait nettement que tous les biens de ses sujetsétaient à lui eu propre, et que, quand il les pre-nait, il ne prenait que ce qui lui appartenait ; qu’ilavouait que cette décision l’avait mis fort au large,ôté tous ses scrupules, et lui avait rendu le calmeet la tranquillité qu’il avait perdus. Maréchal fut siétonné, si éperdu d’entendre ce récit, qu’il ne putproférer un seul mot. Heureusement pour lui leroi le quitta dès qu’il le lui eut fait, et Maréchalresta quelque temps seul en même place, ne sa-chant presque où il en était. Cette anecdote, qu’ilme conta peu de jours après, et dont il était pres-que encore dans le premier effroi, n’a pas besoinde commentaire ; elle montre, sans qu’on ait besoinde le dire, ce qu’est un roi livré à un pareilconfesseur, et qui ne parle qu’à lui, et ce que de-vient un État livré en de telles mains.
Je me souviens que Maréchal nous conta, àMme de Saint-Simon et à moi, une aventure qui