ET SA COUR.
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plus, des deux hanches jusqu’aux deux pieds, lamême distance, et au lieu d’être à plomb, il pen-cha d’un côté. Il n’en, marchait ni moins aisément,ni moins longtemps, ni moins vite, ni moins vo-lontiers, et il n’en aima pas moins la promenadeà pied, et à monter à cheval quoiqu’il y fût très-mal. Ce qui doit surprendre, c’est qu’avec desyeux, tant d’esprit si élevé, et parvenu à la vertula plus extraordinaire et à la plus éminente et laplus solide piété, ce prince ne se vit jamais telqu’il était pour sa taille, ou ne s’y accoutuma ja-mais. C’était une faiblesse qui mettait en gardecontre les distractions et les indiscrétions, et quidonnait de la peine à ceux de ses gens qui dansson habillement et dans l’arrangement de ses che-veux masquaient ce défaut naturel le plus qu’il leurétait possible, mais bien en garde de lui laissersentir qu’ils aperçussent ce qui était si visible. Il enfaut conclure qu’il n’est pas donné à l’homme d’êtreici-bas exactement parfait.
Tant d’esprit, et une telle sorte d’esprit joint àune telle vivacité, à une telle sensibilité, à de tellespassions, et toutes si ardentes, n’étaient pas d’uneéducation facile. Le duc de Beauvilliers, qui en sen-tait également les difficultés et les conséquences,s’y surpassa lui-même par son application, sa pa-tience, la variété des remèdes. Peu aidé par lessous-gouverneurs, il se secourut de tout ce qu’il