NOTICE SUR MOLIERE.
m
pour de l’argent, et se fit résc’.ûment comédien. Suivant les idéesdu temps, c’était se mettre en dehors de la société; et le nouveaucomédien, pour épargner un déshonneur â sa famille et se confor-mer à une coutume reçue au théâtre, ne se fit plus appeler queMolière.
Ce nom de Molière n’était pas absolument nouveau dans le:lettres. François de Molière, sieur d’Essertines, avait publié, ausommençement du siècle, deux romans : Poiyxène et la Semaineamoureuse; et ce nom fut encore porté, du vivant de Molière, parun homme de la musique du roi et par un danseur de profession
Dès que l’illuslre Théâtre voulut faire concurrence à l’Hôtel deBourgogne et à la troupe du Marais , il perdit toute sa vogue, etles troubles de la Fronde qui survinrent achevèrent de ruiner lanouvelle entreprise. Molière se détermina à courir la province;mais ici tous 10s Mémoires perdent sa trace pendant plusieurs an-nées. On sait seulement qu’il avait avec lui quelques acteurs del’illustre Théâtre : du Parc, qui se faisait appeler Gros-René, etpour lequel il a écrit plus tard le rôle qui porte ce nom dansle Dépit amoureux; les deux Béjart et leur sœur Madeleine Made-leine était la maîtresse de Molière, et toute la troupe vivait encommun. On représentait des comédies, des tragédies et desfarces, suivant les nécessités du moment et le bon plaisir desspectateurs. Molière inventait des canevas à la manière italienne,qu’il développait impromptu sur la scène avec ses camarades. IIfit aussi, durant cet intervalle, une tragédie de la Thébaîde , dontL ne s’est conservé aucun fragment. On le retrouve avec certi-tude à Nantes en 1648, deux ans après son départ de Paris ; puisà Bordeaux, où il joue la Thébaîde; puis à Vienne, et enfin àLyon en 1653.
C’est à Lyon que Molière fit représenter la première de sespièces, qui mérite véritablement le nom de comédie. L’Étourdi sevoit encore aujourd’hui avec plaisir; mais, pour la bien apprécier,il faut songer à l’état où se trouvait notre théâtre, aux pièces sansconduite, sans caractères et sans style que l’on était forcé d’ap-plaudir, aux intrigues compliquées et invraisemblables de Rotrou,aux lazzi orduriers de Scarron, à l’extravagance d’un Cyrano de