IV
NOTICE SUR MOLIÈRE.
Bergerac. La seule comédie que nous eussions alors avait été don-née a Paris onze ans auparavant, et c’était le Menteur du grandCorneille.
Molière eut à Lyon tout le succès qu’il pouvait souhaiter commeauteur et comme acteur. Une autre troupe qui s’y trouvait enmême temps ne put tenir, et la plupart des acteurs prirent partiavec lui et le suivirent à Avignon et à Béziers. Ce fut aussi à Lyonque Molière rencontra d’Assoucy. Cet original, d’un talent contes-table, d’une réputation équivoque, dont la vie fut une suite demalheurs et d’extravagances, courait alors la province avec sonluth, son théorbe et ses deux petits pages. ou enfants de musique ,et s’occupait à gagner le glorieux surnom d’empereur du burlesque.« Je trouvai à Lyon, dit-il dans ses Mémoires , mes poésies danstous les couvents de religieuses; mais ce qui me charma le plus,ce fut la rencontre de Molière et de MM. les Béjart. Comme lacomédie a des charmes, je ne pus sitôt quitter ces charmantsamis : je demeurai trois mois à Lyon parmi les jeux, la comédieet les festins.... Ayant ouï dire qu’il y avait à Avignon une excel-lente voix de dessus, je m’embarquai avec Molière sur le Rhône,qui mène en Avignon, où, étant arrivé avec quarante pistoles..., lapremière chose que je fis, ce fut d’aller à l’académie : » à l’académie,c’est-à-dire au tripot, et les quarante pistoles y passèrent. «Maiscomme un homme n’est jamais pauvre lorsqu'il a des amis, ayantMolière pour estimateur et toute la maison Béjart pour amie, endépit du diable et de la fortune, je me vis plus riche et plus con-tent que jamais; car ces généreuses personnes ne se contentèrentpas de m’assister comme ami : elles me voulurent traiter commeparent. Etant commandés pour aller aux états, ils me menèrent'avec eux à Pézenas, où je ne saurais dire combien de grâces jereçus ensuite de toute la maison. Molière et sa troupe étaient com-mandés pour aller aux états jouer devant la noblesse du Langue-doc et devant le prince de Conti, qui la présidait. Molière devaitcet honneur à la bienveillance du prince, son ancien condisciple aucollège des jésuites, et au succès éclatant qu’il venait d’obtenir àLyon. Sa troupe était dès lors citée comme la meilleure troupe quifût en province. Les mauvais jours étaient passés pour elle; l’ar-