NOTICE SUR MOLIÈRE.
V
gent lui venait avec la réputation; et chaque soir, quand la comé-die était jouée et qu’on s’était débarbouillé le visage, on se retrou-vait à table autour de Madeleine Béjart pour boire et chanter etmener joyeuse vie, en vrais bohémiens.» Ce pauvre d’Assoucy, quiavait au moins le mérite d’être reconnaissant, nous donne encorede précieux détails à ce sujet dans cette même page de sesMémoires : « On dit que le meilleur frère est las, au bout d’unmois, de donner à manger à son frère ; mais ceux-ci, plus généreuxque tous les frères qu’on puisse avoir, ne se lassèrent point de mevoir à leur table tout un hiver; et je peux dire :
Qu’en cette douce compagnie,
Que je repaissais d’harmonie,
Au milieu de sept ou huit plats,
Exempt de soins et d’embarras,
Je passais doucement la vie.
Jamais plus gueux ne fut plus gras;
Et quoi qu’on chante et quoi qu’on dieDe ces beaux messieurs des états,
Qui tous les jours ont six ducats,
La musique et la comédie ; ,
A cette table bien garnie,
' Parmi les plus friands muscats,
C’est moi qui soufflais la rôtieEt qui buvais plus d’hypocras.
« En effet, quoique je fusse chez eux, je pouvais bien dire quej’étais chez moi. Je ne vis jamais tant de bonté, tant de franchise,ni tant d’honnêteté que parmi ces gens-là, bien dignes de représen-ter réellement dans le monde les princes qu’ils représentent tousles jours sur le théâtre. »
D’Assoucy passa encore « six bons mois dans cette cocagne • » etil suivit Molière jusqu’à Narbonne.
C’est à Béziers et pendant la tenue des états, en 1654, que Molière donna le Dépit amoureux , excellente comédie où se trouveune scène digne de la maturité de son talent.
Le prince de Conti, dans sa bienveillance. ne se borna pas à appe-