NOTICE SUR MOLIERE.
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cule ne porte que sur l’exagération d’Alceste ; mais, dans le fond,il a raison partout. Il a raison contre ses juges dans son procès,contre Philinte dans son horreur des hypocrisies du monde, contreOronte dans son jugement sur le sonnet, contre Célimène dansson mépris de la coquetterie. Il est vaincu partout, il est vrai, etc’est par là que Molière triomphe ; et quand Célimène l'abandonneaussi, ce dernier trait, le plus cruel de tous, ne fait qu’ajouter àla grandeur et à la vérité du tableau. On voulut persuader au ducde Montausier, l’ami de Fénelon, que Molière avait voulu le pein-dre dans Alceste ; le duc fut voir le Misanthrope , et, loin de seplaindre, il en sortit ravi : mais on se trompait, et l’original duMisanthrope , c’est Molière lui-même.
Hélas! quand il montrait sur la scène cette âme si noble, sicourageuse, si héroïque malgré ses travers, aux prises avec lalégèreté et la perfidie d’une coquette, il racontait son histoire enmême temps que son cœur. Il était alors brouillé avec Armande,qu’il adorait toujours, et il ne la voyait plus qu’au théâtre. Ellejouait le rôle de Célimène, et lui le rôle d’Alceste. Et quand Céli-mène dit à Alceste
Vous avez sujet de me haïr;
Faites-le ; j’y consens.
c’est à Armande, c’est à elle-même que Molière répondait :
Hé! le puis-je, traîtresse?
Puis-je ainsi triompher de toute ma tendresse ?
Et quoique avec ardeur je veuille vous haïr,
Trouvé-je un cœur en moi tout prêt à m’obéir?
On rapporte une conversation de Molière avec Chapelle son amiqui est le plus frappant et le plus touchant commentaire de touce côté du rôle d’Alceste. La voici. On ne peut se dispenser de laciter dans une vie de Molière, car il s’y est peint lui-même, dansles effusions de l’intimité, comme il savait peindre
\. Ce passage est extrait d’un pamphlet très-méprisable à tous égards,intitulé La fameuse comédienne , ou Histoire de la Guérin , auparavantfemme de Molière. Cet ouvrage, qui eut de nombreuses éditions , est al-