Mehrbändiges Buch 
Oeuvres Complètes De Molière
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XIV

NOTICE SUR MOLIÈRE.

Chapelle raillait son ami sur la douleur à laquelle il sabandon-nait pour une femme indigne de lui. « Je vois bien que vous navezencore rien aimé, lui répondit Molière, et vous avez pris la figurede lamour pour lamour même. Vouj dites que jai une connais-sance parfaite du cœur de lhomme, et je tombe daccord que jeme suis étudié, autant que jai pu, à connaître leur faible; maissi ina science ma appris quon pouvait fuir le péril, mon expé-rience ne ma que trop fait voir quil est impossible de l'éviter ;ien juge tous les jours par moi-même. Je suis avec les der-nières dispositions à la tendresse ; et, comme jai cru que mes ef-forts pourraient lui inspirer, par lhabitude, des sentiments que letemps ne pourrait détruire, je nai rien oublié pour y parvenir.Comme elle était fort jeune quand je lépousai, je ne maperçuspas de ses méchantes inclinations, et je me crus un peu moinsmalheureux que la plupart de ceux qui prennent de pareils engagements; aussi le mariage ne ralentit point mes empressements;mais je lui trouvai tant dindifférence que je commençai à maper-cevoir que toute ma précaution avait été inutile, et que ce quellesentait pour moi était bien éloigné de ce que jaurais souhaité pouiêtre heureux. Je me fis à moi-même ce reproche sur une délica-tesse qui me semblait ridicule dans un mari, et jattribuai à sonhumeur ce qui était un effet de son peu de tendresse pour moimais je neus que trop de moyens de mapercevoir de mon erreur,et la folle passion quelle eut peu de temps après pour le comiede Guiche fit trop de bruit pour me laisser dans cette tranquillitéapparente. Je népargnai rien, à la première connaissance que jeneus, pour me vaincre moi-même dans limpossibilité que je trouvaià la changer ; je me servis pour cela de toutes les forces de monesprit, jappelai à mon secours tout ce qui pouvait contribuer àma consolation. Je la considérai comme une personne de qui toutmérite est dans linnocence, et qui, par cette raison, nen con-tribué à une comédienne nommée la Boudin. La conversation de Molièreque nous rapportons ici peut avoir été altérée dans le texte; mais il estévident que le fond en est vrai.

4. Elle avait dix-sept ans.