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La JALOUSIE du barbouillé.
le docteur. — Cela vient de bonum est , bon est, voilà qui estbon, parcequ’il garantit des catarrhes et fluxions.
GORGirus. — Ma foi, je ne savois pas cela.
Lï docteur. — Dites donc vite cette querelle.
GûRGiBUS. — Voici ce qui est arrivé.
le docteur. — Je ne crois pas que vous soyez homme à me tenirlongtemps, puisque je vous en prie. J’ai quelques affaires pressantesqui m’appellent à la ville; mais, pour remettre la paix dans votrefamille, je veux bien m’arrêter un moment.gorgibus. — J’aurai fait en un moment.le docteur. — Soyez donc bref.gorgibus. — Voilà qui est fait incontinept.le docteur. — Il faut avouer, monsieur Gorgibus, que c’est unebelle qualité que de dire les choses en peu de paroles, et que lesgrands parleurs, au lieu de se faire écouter, se rendent le plus sou-vent si importuns, qu’on ne les entend point; virtutem primant esseputa compescere linguam. Oui, la plus belle qualité d’un honnêtehomme, c’est de parler peu.gorgibus. — Vous saurez donc....
le docteur. — Socrate recommandoit trois choses fort soigneu-sement à ses disciples : la retenue dans les actions, la sobriété dansle manger, et de dire les choses en peu de paroles. Commencezdonc, monsieur Gorgibus.gorgibus. — C’est ce que je veux faire.
le docteur. — En peu de mots, sans façon, sans vous amuser àbeaucoup de discours, tranchez-moi d’un apophthegme, vite, vite,monsieur Gorgibus, dépêchons, évitez la prolixité.gorgibus. — Laissez-moi donc parler.
le docteur. — Monsieur Gorgibus, touchez là, vous parlez trop;il faut que quelque autre me dise la cause de leur querelle.villebrequin. — Monsieur le docteur, vous saurez que....le docteur. — Vous êtes un ignorant, un indocte, un hommeignare de toutes les bonnes disciplines, un âne en bon françois. Héquoi! vous commencez la narration sans avoir fait un mot d’exordelIl faut que quelque autre me conte le désordre. Mademoiselle,contez-moi un peu le détail de ce vacarme.
angélique. —Voyez-vous bien là mon gros coquin, mon sac àvin de mari?
le docteur. — Doucement, s’il vous plaît : parlez avec respectde votre époux, quand vous êtes devant la moustache d’un docteurcomme moi.
angélique. — Ah vraiment oui, docteur! Je me moque bien devous et de votre doctrine, et je suis docteur quand je veux.
le docteur. — Tu es docteur quand tu veux? Ouais! Je pensaque tu es un plaisant docteur. Tu as la mine de suivre fort ton ca-