SCÈNE I. 13
valet en médecin : il n’y a rien de si facile à duper que le bonhomme.
valère. — C’est un lourdaud qui gâtera tout ; mais il faut s’enservir, faute d’autre. Adieu, je le vais chercher. Où diable trouverce maroufle à présent ? mais le voici tout à propos.
SCÈNE II. — VALÈRE, SGANARELLE.
valère. — Ah! mon pauvre Sganarelle, que j’ai de joie de tevoir! J’ai besoin de toi dans une affaire de conséquence; mais,comme je ne sais pas ce que tu sais faire....
sganarelle. — Ce que je sais faire, monsieur? employez-moiseulement en vos affaires de conséquence, ou pour quelque chosed’importance : par exemple, envoyez-moi voir quelle heure il està une horloge, voir combien le beurre vaut au marché, abreuverun cheval, c’est alors que vous connoîtrez ce que je sais faire.
valère. — Ce n’est pas cela; c’est qu’il faut que tu contrefassesle médecin.
sganarelle. — Moi, médecin, monsieur! Je suis prêt à fairetout ce qu’il vous plaira; mais, pour faire le médecin, je suisassez votre serviteur pour n’en rien faire du tout ; et par quel boutm’y prendre, bon Dieu? Ma foi, monsieur, vous vous moquez demoi.
valère. — Si tu veux entreprendre cela, va, je te donnerai dixpistoles.
sganarelle. — Ah! pour dix pistoles, je ne dis pas que je riesois médecin; car, voyez-vous bien, monsieur, je n’ai pas l’esprittant, tant subtil, pour vous dire la vérité. Mais, quand je seraimédecin, où irai-je ?
valère. — Chez le bon homme Gorgibus, voir sa fille qui estmalade; mais tu es un lourdaud qui, au lieu-de bien faire, pour-rois bien....
sganarelle. — Hé! mon Dieu, monsieur, ne soyez point enpeine, je vous réponds que je ferai aussi bien mourir une per-sonne qu’aucun médecin qui soit dans la ville. On dit un proverbe,d’ordinaire : Après la mort le médecin ; mais vous verrez que, sije m’en mêle, on dira : Après le médecin, gare la mort! Mais,néanmoins, quand je songe , cela est bien difficile de faire le mé-decin ; et si je ne fais rien qui vaille ?
valère. — Il n’y a rien de si facile en cette rencontre; Gorgibusest un homme simple, grossier, qui se laissera étourdir de tondiscours, pourvu que tu parles d’Hippocrate et de Galien, et quetu sois un peu effronté.
sganarelle. — C’est-à-dire qu’il lui faudra parler philosophie,mathématique Laissez-moi faire ; s’il est un homme facile comme