SCÈNE IV.
45
Sabine. — Eh! ce n’est pas lui qui est malade, c’est sa fille.sganarelle. — Il n’importe; le sang du père et de la fille nesont qu’une seule et même chose ; et par l’altération de celui dupère, je puis connoître la maladie de la fille. Monsieur Gorgibus,y auroit-il moyen de voir de l’urine de l’égrotante?
sorgibus. — Oui-da; Sabine, vite allez quérir de l’urine de mafille. ( Sabine sort.) Monsieur le médecin, j’ai grand’peur qu’elle nemeure.
sganarelle. — Ah ! qu’elle s’en garde bien ! il ne faut pas qu’elles’amuse à se laisser mourir sans l’ordonnance de la médecine. (So-bine rentre.) Voilà de l’urine qui marque grande chaleur, grandeinflammation dans les intestins ; elle n’est pas tant mauvaise pour-tant.
gorgibus. — Eh quoi ! monsieur, vous l’avalez?sganarelle. — Ne vous étonnez pas de cela : les médecins, d’or-dinaire, se contentent de la regarder; mais moi, qui suis un mé-decin hors du commun, je l’avale, parce qu’avec le goût je dis-cerne bien mieux la cause et les suites de la maladie; mais, àvous dire la vérité, il y en avoit trop peu pour avoir un bon jugement ; qu’on la fasse encore pisser.
Sabine sort et revient. — J’ai bien eu de la peine à la faire pisser.sganarelle. — Que cela ! voilà bien de quoi ! Faites-la pissercopieusement, copieusement. Si toutes les malades pissent dfe lasorte, je veux être médecin toute ma vie.
Sabine sort et revient — Voila tout ce qu’on peut avoir; elle nepeut pas pisser davantage.
sganarelle. — Quoi ! monsieur Gorgibus , votre fille ne pisseque des gouttes? voilà une pauvre pisseuse que votre fille; je voisbien qu’il faut que je lui ordonne une potion pissatrice. N’y auroit-ilpas moyen de voir la malade ?_
Sabine. — Elle est levée ; si vous voulez, je la ferai venir.
SCÈNE V. — SABINE, GORGIBUS , SGANARELLE, LUCILE.
sganarelle. — Hé bien 1 mademoiselle, vous êtes malade?lucile. — Oui, monsieur.
sganarelle. —* Tant pis, c’est une marque que vous ne vous por-tez pas bien. Sentez-vous de grandes douleurs à la tête, aux reins?lucile. — Oui, monsieur.
sganarelle. — C’est fort bfen fait. Oui, ce grand médecin, auchapitre qu’il a fait de la nature des animaux, dit.... cent belleschoses; et, comme les humeurs qui ont de la connexité ont beau-coup de rapport ; car, par exemple, comme la mélancolie est en-nemie de la joie, et que la bile qui se répand par le corps nouslait devenir jaunes, et qu’il n’est rien pius- contraire à la santé que