SCENE VIII. n
occasio autem præceps , experimentum , judicium, periculosum , dif-ficile.
sganarelle à Gorgibus. — Ficile tantinapota baril cambustibus.l’avocat. — Vous n’êtes pas de ces médecins qui ne s’appliquentqu’à la médecine qu’on appelle rationale ou dogmatique, et je croisque vous l’exercez tous les jours avec beaucoup de succès, expe-rientia magistra reru m. Les premiers hommes qui firent professionde la médecine furent tellement estimés d’avoir cette belle science,qu’on les mit au nombre des dieux pour les belles cures qu’ils fai-soient tous les jours. Ce n’est pas qu’on doive mépriser un médecinqui n’auroit pas rendu la santé à son malade, puisqu’elle ne dépendpas absolument de ses remèdes, ni de son savoir; interdum doctâplus valet arte malum. Monsieur, j’ai peur de vous être importun :je prends congé de vous, dans l’espérance que j’ai qu’à la premièrevue j’aurai l’honneur de converser avec vous avec plus de loisir.Vos heures vous sont précieuses , etc. ( L’avocat sort.)
gorgibus. — Que vous semble de cet homme-là ?sganarelle. — Il sait quelque petite chose. S’il fût demeuré tantsoit peu davantage, je l’allois mettre sur une matière sublime etrelevée. Cependant je prends congé de vous. ( Gorgibus lui donne del’argent.) Hé ! que voulez-vous faire ?gorgibus. — Je sais bien ce que je vous dois.sganarelle. — Vous moquez-vous, monsieur Gorgibus? Je n’enprendrai pas, je ne suis pas un hoiame mercenaire. {Il prend l’ar-gent.} Votre très-humble serviteur.
{Sganarelle sort et Gorgibus rentre dans sa maison.)
SCÈNE IX. — VALÊRE, seul.
Je ne sais ce qu’aura fait Sganarelle : je n’ai point eu de ses nou-velles , et je suis fort en peine où je le pourrais rencontrer. {Sgana-relle revient en habit de valet.) Mais bon, le voici. Hé bien! Sgana-relle , qu’as-tu fait depuis que je ne t’ai pas vu ?
SCÈNE X. — VALÊRE, SGANARELLE.
sganarelle. — Merveille sur merveille; j’ai si bien fait, que Gor-gibus me prend pour un habile médecin. Je me suis introduit chezlui; je lui ai conseillé de faire prendre l’air à sa fille, laquelle est àprésent dans un appartement qui est au bout de leur jardin, telle-ment qu’elle est fort éloignée du vieillard, et que vous pourrez l’al-ler voir commodément.
valère. — Ah! que tu me donnes de joie! Sans perdre de temps,je la vais trouver de ce pas. {Il sort.)
sganarelle. — Il faut avouer que ce bon homme de Gorgibus estMolière i 2