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LE MÉDECIN VOLANT.
un vrai lourdaud de se laisser tromper de la sorte. (Apercevant Cor*gibus.) Ah ! ma foi, tout est perdu; c’est à ce coup que voilà la mé-decine renversée ; mais il faut que je le trompe,
SCENE XI. — SGANARELLE, GORGIBUS.gorgibus. — Bonjour, monsieur.
sganarelle. — Monsieur, votre serviteur; vous voyez un pauvregarçon au désespoir : ne connoissez-vous pas un médecin qui est ar-rivé depuis peu en cette ville, qui fait des cures admirables?gorgibus. — Oui, je le connois ; il vient de sortir de chez moi.sganarelle. — Je suis son frère, monsieur : nous sommes ju-meaux ; et comme nous nous ressemblons fort, on nous prend quel-quefois l’un pour l’autre.
gorgibus. — Je me donne au diable si je n’y ai été trompé. Etcomment vous nommez-vcus?
sganarelle. — Narcisse, monsieur, pour vous rendre service. Ilfaut que vous sachiez qu’étant dans son cabinet j’ai répandu deuxfioles d’essence qui étoient sur le bord de sa table ; aussitôt il s’estmis dans une colère si étrange contre moi, qu’il m’a mis hors dulogis ; il ne me veut plus jamais voir, tellement que je suis un pau-vre garçon à présent, sans appui, sans support, sans aucune con-noissance.
gorgibus. — Allez, je ferai votre paix ; je suis de ses amis, et jevous promets de vous remettre avec lui ; je lui parlerai d’abord queje le verrai.
sganarelle. — Je vous serai bien obligé, monsieur Gorgibus.
(Sganarelle sort et rentre aussitôt avec sa robe de médecin.)
SCENE XII. — SGANARELLE, GORGIBUS.
sganarelle. — Il faut avouer que quand ces malades ne veulentpas suivre l’avis du médecin, et qu’ils s’abandonnent à la débauche....
gorgibus. — Monsieur le médecin, très-humble serviteur. Je vousdemande une grâce.
sganarelle. — Qu’y a-t-il, monsieur? est-il question de vou3rendre service ?
gorgibus. — Monsieur, je viens de rencontrer monsieur votrefrère qui est tout à fait fâché de....sganarelle. — C’est un coquin, monsieur Gorgibus.gorgibus. — Je vous réponds qu’il est tellement contrit de vousavoir mis en coière....
sganarelle. — C’est un ivrogne, monsieur Gorgibus.gorgibus. — Eh! monsieur, voulez-vous désespérer ce pauvregarçon 7