ACTE I, SCÈNE l.
Ne porta dans mon âme aucun secret désir,
Et d’Ithaque en repos je revis le rivage
Sans m’en être en deux ans rappelé nulle image.
Un bruit vient cependant à répandre à ma courLe célèbre mépris qu’elle fait de l’amour;
On publie en tous lieux que son âme hautaineGarde pour l’hyménée une invincible haine,
Et qu’un arc à la main, sur l’épaule un carquois,Comme une autre Diane elle hante les bois,
N’aime rien que la chasse, et de toute la GrèceFait soupirer en vain l’héroïque jeunesse.
Admire nos esprits, et la fatalité 1
Ce que n’avoient point fait sa vue et sa beauté,
Le bruit de ses fiertés en mon âme fit naîtreUn transport inconnu dont je ne fus point maîtr :
Ce dédain si fameux eut des charmes secretsA me faire avec soin rappeler tous ses traits ;
Et mon esprit, jetant de nouveaux yeux sur elle,
M’en refit une image et si noble et si belle,
Me peignit tant de gloire et de telles douceursA pouvoir triompher de toutes ses froideurs,
Que mon cœur, aux brillans d’une telle victoire,
Vit de sa liberté s’évanouir la gloire ;
Contre une telle amorce il eut beau s’indigner,
Sa douceur sur mes sens prit tel droit de régner,Qu'entraîné par l’effort d’une occulte puissance,
J’ai d’Ithaque en ces lieux fait voile en diligence;
Et je couvre un effet de mes vœux enflammésDu désir de paroître à ces jeux renommés,
Où l’illustre Iphitas, père de la princesse,
Assemble la plupart des princes de la Grèce.
ÀRBATE.
Mais à quoi bon, seigneur, les soins que vous prenez ?Et pourquoi ce secret où vous vous obstinez ?
Vous aimez, dites-vous, cette illustre princesse,
Et venez à ses yeux signaler votre adresse ;
Et nuis empressemens, paroles ni soupirs,
Ne l’ont instruite encor de vos brûlans désirs?
Pour moi, je n’entends rien à cette politiqueQui ne veut point souffrir que votre cœur s’explique ■Et je ne sais quel fruit peut prétendre un amourQui fuit tous les moyens de se produire au jour
EURYALE.
Et que ferai-je, Arbate, en déclarant ma peine,Qu’attirer les dédains de cette âme hautaine,