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Oeuvres Complètes De Molière
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LA PRINCESSE DËLIDE

Et qu'il est malaisé que, sans être amoureux,

Un jeune prince soit et grand et généreux,î.est une qualité que jaime en un monarque;la tendresse du cœur est une grande marque,

Due dun prince à votre âge on peut tout présumer,

Dès quon voit que son âme est capable daimer.

Oui, cette passion, de toutes la plus belle,

Traîne dans un esprit cent vertus après eile;

Aux nobles actions eile pousse les cœurs,

Et tous les grands héros ont senti ses ardeurs.

Devant mes yeux, seigneur, a passé votre enfanceEt jai de vos vertus vu fleurir lespérance ;

Mes regards observoient en vous des qualités je reconnoissois le sang dont vous sortez;

Jy découvrais un fonds desprit et de lumière;

Je vous trouvois bien fait, lair grand, et lâme fière;

Votre cœur, votre adresse, éclatoient chaque jour :

Mais je minquiétois de ne voir point damour ;

Et, puisque les langueurs dune plaie invincibleNous montrent que votre âme à ses traits est sensible,

Je triomphe, et mon cœur, dallégresse rempli,

Vous regarde à présent comme un prince accompli *.

EURYALE.

Si de lamour un temps jai bravé la puissance,

Hélas 1 mon cher Arbate, il en prend bien vengeance IEt, sachant dans quels maux mon cœur sest abîmé,

Toi-même tu voudrais quil nedt jamais aimé.

Car enfin, vois le sort mon astre me guide :

Jaime, jaime ardemment la princesse dÉlide ;

Et tu sais que lorgueil, sous des traits si charmans,

Arme contre lamour ses jeunes senti mens,

Et comment elle fuit en cette illustre fêteCette foule, damans qui briguent sa conquête.

Ah ! quil est bien peu vrai que ce quon doit aimer,

Aussitôt quon le voit, prend droit de nous charmer,

Et quun premier coup dœil allume en nous les flammes le ciel, en naissant, a destiné nos âmes!

A mon retour dArgos, je passai dans ces lieux,

E t ce passage offrit la princesse à mes yeux ;

Je vis tous les appas dont elle est revêtue,

Mais de lœil dont on voit une belle statue.

Leur brillante jeunesse observée à loisir

4. Lorsque Molière écrivait cette tirade, Louis XIV était dans tout lefeu de sa passion pour mademoiselle de La Vallière