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ACTE I, SCÈNE I.
ARBATE.
Moron, seigneur?
EÜRYALE.
Ce choix t’étonne un peu ;Par son titre de fou tu crois le bien connoître ;
Mais sache qu’il l’est moins qu’il ne le veut paroi tre;Et que, malgré l’emploi qu’il exerce aujourd’hui,
11 a plus de bon sens que tel qui rit de lui.
La princesse se plaît à ses bouffonneries;
Il s’en est fait aimer par cent plaisanteries,
Et peut, dans cet accès, dire et persuaderCe que d’autres que lui n’oseroient hasarder;
Je le vois propre enfin à ce que j’en souhaite :
Il a pour moi, dit-il, une amitié parfaite,
Et veut, dans mes Etats ayant reçu le jour,
Contre tous mes rivaux appuyer mon amour.
Quelque argent mis en main pour soutenir ce zèle....
SCÈNE IL — EÜRYALE, ARBATE, MORON.
moron , derrière le théâtreAu secours! sauvez-moi de la bête cruelle.
EÜRYALE.
Je pense ouïr sa voix.
moron, derrière le théâtre.
A moi ! de grâce, à moi !
EÜRYALE.
C’esx lui-même. Où court-il avec un tel effroi?
moron , entrant sans voir personne.
Où pourrai-je éviter ce sanglier redoutable?
Grands dieux! préservez-moi de sa dent effroyable 1Je vous promets, pourvu qu’il ne m’attrape pas,
Quatre livres d’encens, et deux veaux des plus gras.
(Rencontrant Euryale, que dans sa frayeur il prend pour lesanglier qu’il évite.)
Ah ! je suis mort.
EÜRYALE.
Qu’as-tu?
MORON.
Je vous croyois la bête,Dont à me diffamer j ai vu la gueule prête 1 ,Seigneur, et je ne puis revenir de ma peur.
EÜRYALE.
Qu’est-ce ?
4. Diffamer se prenait autrefois dans le sens de défigurer.