ACTE II, SCÈNE 1 . 17
Et que dois-je, après tout à leur magnificence?
Ce sont soins que produit /ardeur de m’acquérir,
Et mon cœur est le prix qu’ils veulent tous courir.
Mais, quelque espoir qui flatte un projet de la sorte,
Je me tromperai fort, si pas un d’eux l’emporte.
CYNTHIE.
Jusques à quand ce cœur veut-il s’effaroucherDes innocens desseins qu’on a de le toucher,
Et regarder les soins que pour vous on se donneComme autant d’attentats contre votre personne?
Je sais qu jn défendant le parti de l’amour,
On s’expose chez vous à faire mal sa cour ;
Mais ce que par le sang j’ai l’honneur de vous être,
S’oppose aux duretés que vous faites paroître,
Et je ne puis nourrir d’un flatteur entretienVos résolutions de n’aimer jamais rien.
Est-il rien de plus beau que l’innocente flammeQu’un mérite éclatant allume dans une âme !
Et seroit-ce un bonheur de respirer le jour,
Si d’entre les mortels on bannissoit l’amour ?
Non, non, tous les plaisirs se goûtent à le suivre;
Et vivre sans aimer n’est pas proprement vivre 1 .
aglante. — Pour moi, je tiens que cette passion est la plusagréable affaire de la vie ; qu’il est nécessaire d’aimer pour vivreheureusement, et que tous les plaisirs sont fades, s’il ne s’y mêleun peu d’amour.
la princesse. — Pouvez-vous bien toutes deux, étant ce quevous êtes, prononcer ces paroles? et ne devez-vous pas rougir d’ap-puyer une passion qui n’est qu’erreur, que foiblesse et qu’emportement, et dont tous les désordres ont tant de répugnance avec 1gloire de notre sexe? J’en prétends soutenir l’honneur jusqu’au der-nier moment de ma vie, et ne veux point du tout me commettre àces gens qui font les esclaves auprès de nous, pour devenir unjour nos tyrans. Toutes ces larmes, tous ces soupirs, tous ceshommages, tous ces respects, sont des embûches qu’on tend ànotre cœur, et qui souvent l’engagent à commettre des lâchetés.Pour moi, quand je regarde certains exemples, et les bassessesépouvantables où cette passion ravale les personnes sur qui elleétend sa puissance, je sens tout mon cœur qui s’émeut; et je ne
l. La dessein de l’auteur étoit de traiter ainsi toute la comédie. Maisun commandement du roi qui pressa cette affaire, l’obligea d’achever toutle reste en prose, et de passer légèrement sur plusieurs scènes qu’il auroitétendues davantage s’il avoit eu plus de loisir. ( Note de Molière.)
Molière ii
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