20
LA PRINCESSE D’ÉLIDE.
meure insensible, je n’entreprendrai point de le forcer; mais aumoins sois complaisante aux civilités qu’on te rend, et ne m’obligepoint à faire les excuses de ta froideur. Traite ces princes avec l’es-time que tu leur dois, reçois avec reconnoissance les témoignagesde leur zèle, et viens voir cette course où leur adresse va paroître.
théocle, à la Princesse /— Tout le monde va faire des effortspour remporter le prix de cette course. Mais, à vous dire vrai, j’aipeu d’ardeur pour la victoire, puisque ce n’est pas votre cœurqu’on y doit disputer.
aristomène. — Pour moi, madame, vous êtes le seul prix que jeme propose partout. C’est vous que je crois disputer dans ces com-bats d’adresse, et je n’aspire maintenant à remporter l’honneur decette course, que pour obtenir un degré de gloire qui m’approchede votre cœur.
euryale. — Pour moi, madame, je n’y vais point du tout aveccette pensée. Comme j’ai fait toute ma vie profession de ne rien ai-mer, tous les soins que je prends ne vont point où tendent lesautres. Je n’ai aucune prétention sur votre cœur, et.le seul honneurde la course est tout l’avantage où j’aspire.
SCÈNE V. — LA PRINCESSE, AGLANTE, CYNTHIE,PHILIS, MORON.
la princesse. — D’où sort cette fierté où l’on ne s’attendoitpoint? Princesses, que dites-vous de ce jeune prince? Avez-vousremarqué de quel ton il l’a pris?
aglante. — Il est vrai que cela est un peu fier.
moron, à part . — Ah! quelle brave botte il vient là de luiporter !
la princesse. — Ne trouvez-vous pas qu’il y auroit plaisir d’a-baisser son orgueil, et de soumettre un peu ce cœur qui tranchetant du brave ?
cynthie. — Comme vous êtes accoutumée à ne jamais recevoirque des hommages et des adorations de tout le monde, un compli-ment pareil au sien doit vous surprendre, à la vérité.
la princesse. — Je vous avoue que cela m’a donné de l’émotion,et que je souhaiterois fort de trouver les moyens de châtier cettehauteur. Je n’avois pas beaucoup d’envie de me trouver à cettecourse ; mais j’y veux aller exprès, et employer toute chose pourlui donner de l’amour.
cynthie. — Prenez garde, madame. L’entreprise est périlleuseet, lorsqu’on veut donner de l’amour, on court risque d’en recevoir.
la princesse. — Ah! n’aDDréhendez rien, je vous prie. Allons,je vous réponds de moi