TROISIÈME INTERMÈDE. 29
haiterois bien d’avoir la gloire que quelque amant fût mort oourmoi. C’est un avantage dont je n’ai pas encore joui; et je trouve quej’aimerois de tout mon cœur une personne qui m’aimeroit assez pourse donner la mort.
moron. — Tu aimerois une personne qui se tueroit pour toi?
philis. — Oui.
moron. —Il ne faut que cela pour te plaire?
philis. —Non.
moron. — Voilà qui est fait. Je te veux montrer que je me saistuer quand je veux.
tircis chante.
Ah ! quelle douceur extrême,
De mourir pour ce qu’on aime!
moron , à Tircis — C’est un plaisir que vous aurez quand vouevoudrez.
tircis chante.
Courage, Moron. Meurs promptementEn généreux amant.
moron, à Tircis. — Je vous prie de vous mêler de vos affaires, etde me laisser tuer à ma fantaisie. Allons, je vais faire honte à tousles amans. (A Philis.) Tiens, je ne suis pas homme à faire tant defaçons. Vois ce poignard. Prends bien garde comme je vais mepercer le cœur. Je suis votre serviteur. Quelque niais.
philis. — Allons, Tircis. Viens-t’en me redire à l’écho ce que tum’as chanté.
ACTE QUATRIÈME.
SCENE I. — LA PRINCESSE , EUR Y ALE , MORON.
la princesse. — Prince, comme jusqu’ici nous avons fait pa-roître une conformité de sentimens, et que le ciel a semblé mettreen nous mêmes attachemens pour notre liberté, et même aversionpour l’amour, je suis bien aise de vous ouvrir mon cœur, et devous faire confidence d’un changement dont vous serez surpris. J’aitoujours regardé l’hymen comme une chose affreuse, et'j’avois faitserment d’abandonner plutôt la vie que de me résoudre jamais àperdre cette liberté pour qui j’avois des tendresses si grandes ; maisenfin un moment a dissipé toutes ces résolutions. Le mérite d’unprince m’a frappé aujourd’hui les yeux; et mon àme tout d’un coup,