ACTE IV, SCÈNE VII.
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SCÈNE VH. — LA PRINCESSE, seule .
De quelle émotion inconnue sens-je mon cœur atteint? Et quelleinquiétude secrète est venue troubler tout d’un coup la tranquillitéde mon âme? Ne seroit-ce point aussi ce qu’on vient de me dire’et, sans en rien savoir, n’aimerois-je point ce jeune prince? Ah! sicela étcit, je serois personne à me désespérer! mais il est impos-sible que cela soit, et je vois bien que je ne puis pas l’aimer. Quoi lje serois capable de cette lâcheté ! J’ai vu toute la terre à mes piedsavec la plus grande insensibilité du monde ; les respects, les hom-mages et les soumissions, n’ont jamais pu toucher mon âme, et lafierté et le dédain en auroient triomphé ! J’ai méprisé tous ceux quim’ont aimée, et j’aimerois le seul qui me méprise! Non, non, jesais bien que je ne l’aime pas. Il n’y a pas de raison à cela. Mais, sice n’est pas de l’amour, que ce que je sens maintenant, qu’est-cedonc que ce peut être? Et d’où vient ce poison qui me court partoutes les veines, et ne me laisse point en repos avec moi-même?Sors de mon cœur, qui que tu sois, ennemi qui te caches. Attaque-moi visiblement, et deviens à mes yeux la plus affreuse bête detous nos bois, afin que mon dard et mes flèches me puissent défairede toi.
QUATRIÈME INTERMÈDE.
SCENE I. — LA PRINCESSE.
O vous! admirables personnes, qui, par la douceur de vos chants,avez l’art d’adoücir les plus fâcheuses inquiétudes, approchez-vousd’ici, de grâce ; et tâchez de charmer, avec votre musique, le cha-grin où je suis.
SCÈNE II. — LA PRINCESSE , CLIMÈNE , PHILISclimène chante.
Chère Philis, dis-moi, que crois-tu de l’amour?
philis chante.
Toi-même, qu’en crois-tu, ma compagne fidèle ?
CLIMÈNE.
On m’a dit que sa flamme est pire qu’un vautour,
Et qu’on souffre, en aimant, une peine cruelle.
Moliere d
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