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DE L’ILE ENCHANTEE.
Pour M. le Duc, représentant Roland.
Roland fera bien loin son grand nom retentir;
La gloire deviendra sa fidèle compagne.
Il est sorti d’un sang qui brûle de sortir
Quand il est question de se mettre en campagne ;
Et, pour ne vous en point mentir,
C’est le pur sang de Charlemagne.
Un char de dix-huit pieds de haut, de vingt-quatre de long, et dequinze de large, paroissoit ensuite, éclatant d’or et de diversescouleurs. Il représentoit celui d’Apollon, en l’honneur duquel secélébroient autrefois les jeux Pythiens, que ces chevaliers s’étoientproposé d’imiter en leurs courses et en leur équipage. Cette divi-nité , brillante de lumière, étoit assise au plus haut du char, ayantà ses pieds les quatre Ages ou Siècles, distingués par de richeshabits, et par ce qu’ils portoient à la main.
Le Siècle d’or, orné de ce précieux métal, étoit encore paré dediverses fleurs, qui faisoient un des principaux ornemens de cetheureux âge.
Ceux d’argent et d’airain avoient aussi leurs remarques particu-lières.
Et celui de fer étoit représenté par un guerrier d’un regard ter-rible, portant d’une main l’épée, et de l’autre le bouclier.
Plusieurs autres grandes figures de relief paroient les côtés de cechar magnifique. Les monstres célestes, le serpent Python, DaphnéHyacinthe, et les autres figures qui conviennent à Apollon, avec urAtlas portant le globe du monde, y étoient aussi relevés d’unagréable sculpture. Le Temps, représenté par le sieur Millet ', avecsa faux, ses ailes, et cette vieillesse décrépite dont on le peint tou-jours accablé, en étoit le conducteur. Quatre chevaux, d’une tailleet d’une beauté peu communes, couverts de grandes housses seméesde soleils d’or, et attelés de front, tiroient cette machine.
Les douze Heures du jour, et les douze Signes du Zodiaque, ha-billés superbement, comme les poètes les dépeignent, marchoienten deux files aux deux côtés de ce char.
Tous les pages des chevaliers le suivoient deux à deux, aprèscelui de M. le Duc, fort proprement vêtus de leurs livrées, avecquantité de plumes, portant les lances de leurs maîtres et les écusde leurs devises :
Le duc de Guise, représentant Aquilant le Noir, ayant pour deviseun lion qui dort, avec ces mots : Et quiescente pavescunt 2 ;
4. Cocher ordinaire de Louis XTV.
2. « Il est terrible même dans son repos. »