LES PLAISIRS
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Elles venoient ensuite sut une machine fort ingénieuse, en formad’une petite montagne ou roche ombragée de plusieurs arbres ; maisce qui étoit plus surprenant, c’est qu’on la voyoit portée en l’air,sans que l’artifice qui la faisoit mouvoir se pût découvrir à la vue.
Vingt autres personnes les suivoient, portant des viandes de laménagerie de Pan et de la chasse de Diane.
Dix-huit pages du roi, fort richement vêtus, qui dévoient servirles dames à table, faisoient les derniers de cette troupe : laquelleétant rangée, Pan, Diane et les Saisons se présentant devant larpine, le Printemps lui adressa le premier ces vers :
le printemps, à la reine.
Entre toutes les fleurs nouvellement éclosesDont mes jardins sont embellis,
Méprisant les jasmins, les œillets et les roses,
Pour payer mon tribut, j’ai fait choix de ces lis,
Que, dès vos premiers ans, vous avez tant chéris.
Louis les fait briller du couchant à l’aurore,
Tout l’univers charmé les respecte et les craint;
Mais leur règne est plus doux et plus puissant encore,
Quand ils brillent sur votre teint.l’été.
Surpris un peu trop promptement,
J’apporte à cette fête un léger ornement;
Mais, avant que ma saison passe,
Je ferai faire à vos guerriers,
Dans les campagnes de la Thrace,
Une ample moisson de lauriers.
l’automne.
Le Printemps orgueilleux de la beauté des fleursQui lui tombèrent en partage,
Prétend de cette fête avoir tout l’avantage,
Et nous croit obscurcir par ses vives couleurs;
Mais vous vous souviendrez, princesse sans seconde,
De ce fruit précieux qu’a produit ma saison,
Et qui croît dans votre maison,
Pour faire quelque jour les délices du monde.
l’hiver.
( La neige, les glaçons, que j’apporte en ces lieux,
Sont des mets les moins précieux ;
Mais ils sont des plus nécessairesDans une fête où mille objets charmans,
De leurs œillades meurtrières.
Font naître tant d’embrasemens