DE L’ILE ENCHANTÉE.
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belles courses de tous les chevaliers, le duc de Guise, .es marquisde Soyecourt et de La Vallière demeurèrent à la dispute, dont cedernier emporta le prix, qui fut une épée d’or enrichie de diamans,avec des boucles de baudrier de valeur, que donna la reine mère, etdont elle l’honora de sa main.
La nuit vint cependant à la fin des courses, par la justesse qu onavoit eue à les commencer ; et un nombre infini de lumières ayantéclairé tout ce beau lieu, l’on vit entrer dans la même place :
Trente-quatre concertans fort bien vêtus, qui dévoient précéderles Saisons, et faisoient le plus agréable concert du monde.
Pendant que les Saisons se chargeoient des mets délicieux qu’ellesdévoient porter, pour servir devant Leurs Majestés la magnifiquecollation qui étoit préparée, les douze Signes du Zodiaque, et lesquatre Saisons, dansèrent dans le rond une des plus belles entréesde ballet qu’on eût encore vues.
Le Printemps parut ensuite sur un cheval d’Espagne, représentépar mademoiselle du Parc, qui, avec le sexe et les avantages d’unafemme, faisoit voir l’adresse d’un homme. Son habit étoit vert, enbroderie d’argent et de fleurs au naturel.
L’Eté le suivoit, représenté par le sieur Parc, sur un éléphantcouvert d’une riche housse.
L’Automne, aussi avantageusement vêtu, représenté par le sieurde La Thorillière, venoit après, monté sur un chameau.
L’Hiver suivoit sur un ours, représenté par le sieur Béjart.
Leur suite étoit composée de quarante-huit personnes, qui por-bient toutes sur leurs têtes de grands bassins pour la collation.
Les douze premiers, couverts de fleurs, portoient, comme des jar-diniers, des corbeilles peintes de vert et d’argent, garnies d’un grandnombre de porcelaines, si remplies de confitures et d’autres chosesdélicieuses de la saison, qu’ils étoient courbés sous cet agréable faix.
Douze autres, comme moissonneurs, vêtus d’habits conformes àcette profession, mais fort riches, portoient des bassins de cette cou-leur incarnate qu’on remarque au soleil levant, et suivoient l’Eté.
Douze, vêtus en vendangeurs, étoient couverts de feuilles de vi-gne et de grappes de raisin, et portoient dans des paniers feuille-morte, remplis de petits bassins de cette même couleur, divers au-tres fruits et confitures, à la suite de l’Automne
Les douze derniers étoient des vieillards gelés, dont les fourrureset la démarche marquoient la froideur et la foiblesse, portant dansdes bassins couverts d’une glace et d’une neige, si bien contrefaitesqu’on les eût prises pour la chose même, ce qu’ils dévoient contri-buer à la collation, et suivoient l’Hiver.
Quatorze concertans de Pan et de Diane précédoient ces deux di-vinités, avec une agréable harmonie de flûtes et de musettes.
Molière n 4