DE L’ILE ENCHANTÉE.
59
Chevaliers, les sieurs d’Heüreux, Raynald, dh Phon,et Desbrosses.
écuyers, les sieurs La Marre, Le Chantre, de Gan, et Mercier.
11 sembloit que le ciel, la terre et l’eau, fussent tout en feu, e(que la destruction du superbe palais d’Alcine, comme la liberté des.chevaliers qu’elle y retenoit en prison, ne se pût accomplir que pardes prodiges et des miracles. La hauteur et le nombre des fuséesvolantes, celles qui rouloient sur le rivage, et celles qui ressor-toient de l’eau après s’y être enfoncées, faisoient un spectacle sigrand et si magnifique, que rien ne pouvoit mieux terminer les en-chantemens qu’un si beau feu d’artifice; lequel ayant enfin cesséaprès un bruit et une longueur extraordinaires, les coups de boîtesqui l’avoient commencé redoublèrent encore.
Alors toute la cour se retirant, confessa qu’il ne se pouvoit rienvoir de plus achevé que ces trois fêtes ; et c’est assez avouer qu’ilne s’y pouvoit rien ajouter, que de dire que, les trois journéesayant eu chacune ses partisans, comme chacune ses beautés parti-culières , on ne convint pas du prix qu’elles dévoient emporter entreelles, bien qu’on demeurât d’accord qu’elles pouvoient justement ledisputer à toutes celles qu’on avoit vues jusqu’alors, et les surpas-ser peut-être.
QUATRIÈME JOURNÉE.
Mais, quoique les fêtes comprises dans le sujet des Plaisirs del’Ile enchantée fussent terminées, tous les divertissemens de Ver-sailles ne l’étoient pas ; et la magnificence et la galanterie du roi enavoient encore réservé pour les autres jours, qui n’étoient pasmoins agréables.
Le samedi, dixième, Sa Majesté voulut courre les têtes. C’est unexercice que peu de gens ignorent, et dont l’usage est venu d’Alle-magne, fort bien inventé pour faire voir l’adresse d’un chevalier,tant à bien mener son cheval dans les passades de guerre, qu’à biense servir d’une lance, d’un dard, et d’une épée. Si quelqu’un ne lesa point vu courre, il en trouvera ici la description, étant moins com-munes que la bague, et seulement ici depuis peu d’années, et ceuxqui en ont eu le plaisir, ne s’ennuieront pas pourtant d’une narra-tion si peu étendue.
Les chevaliers entrent l’un après l’autre dans la lice, la lance àla main, et un dard sous la cuisse droite; et après que l’un d’eux