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LES PLAK mS
a couru et emporté une tête de gros carton peinte, et de la formede celle d’un Turc, il donne sa lance à un page; et, faisant la demi-volte, il revient à toute bride à la seconde tête, qui a la couleur etla forme d’un Maure, .'emporte avec le dard, qu’il lui jette en pas-sant; puis, reprenant une javeline peu différente de la forme dudard, dans une troisième passade, il la darde dans un bouclier oùest peinte une tête de Méduse ; et, achevant sa demi-volte, il tirel’épée dont il emporte, en passant toujours à toute bride, une têteélevée à un demi-pied de terre ; puis, faisant place à un autre, ce-lui qui, en ses courses, en a emporté le plus, gagne le prix.
Toute la cour s’étant placée sur une balustrade de fer doré, quirégnoit autour de l’agréable maison de Versailles, et qui regarde surle fossé dans lequel on avoit dressé la lice avec des barrières, le rois’y rendit, suivi des mêmes chevaliers qui avoient couru la bague;les ducs de Saint-Aignan et de Noailles y continuoient leurs pre-mières fonctions, l’un de maréchal de camp, et l’autre de juge descourses. Il s’en fit plusieurs, fort belles et heureuses ; mais l’adressedu roi lui fit emporter hautement, en suite du prix de la coursedes dames, encore celui que donnoit la reine : c’étoit une rose dediamans de grand prix, que le roi, après l’avoir gagnée, redonnalibéralement à courre aux autres chevaliers, et que le marquis deCoaslin disputa contre le marquis de Soyecourt, et gagna.
CINQUIÈME JOURNÉE.
Le dimanche, au lever du roi, quasi toute la conversation tournasur les belles courses du jour précédent, et donna lieu à un granddéfi entre le duc de Saint-Aignan, qui n’avoit point encore couru,et le marquis de Soyecourt, qui fut remis au lendemain, pour ceque le maréchal duc de Grammont, qui parioit pour ce marquis,étoit obligé de partir pour Paris, d’où il ne devoit revenir que lejour d’après.
Le roi mena toute la cour, cette après-dînée, à sa ménageriedont on admira les beautés particulières, et le nombre presque in ■croyable d’oiseaux de toutes sortes, parmi lesquels il y en a beaucoup de fort rares. Il seroit inutile de parler de la collation qui sui-vit ce divertissement, puisque, huit jours durant, chaque repaspouvoit passer pour un festin des plus grands qu’on puisse faire.
Le soir, Sa Majesté fit représenter, sur l’un de ces théâtres dou-bles de son salon, que son esprit universel a lui-même inventés, lacomédie des Fâcheux, faite par le sieur de Molière, mêlée d’entréesde ballet, et fort ingénieuse.