Mehrbändiges Buch 
Oeuvres Complètes De Molière
Entstehung
JPEG-Download
 

DE LILE ENCHANTÉE.

61

SIXIÈME JOURNÉE.

Le bruit du défi, qui se devoit courir le lundi, douzième, fit faireune infinité de gageures dassez grande yaleur, quoique celle desdeux chevaliers ne fût que de cent pistoles ; et, comme le duc, parune heureuse audace, donnoit une tête à ce marquis fort adroit,beaucoup tenoient pour ce dernier, qui, sétant rendu un peu plustard chez le roi, y trouva un cartel pour le presser, lequel, pournêtre quen prose, on na point mis en ce discours.

Le duc de Saint-Aignan avoit aussi fait voir à quelques-uns deses amis, comme un heureux présage de sa victoire, ces quatrevers :

AUX DAMES.

Belles, vous direz en ce jour,

Si vos sentimens sont les nôtres,

Quêtre vainqueur du grand Soyecourt,

Cest être vainqueur de dix autres.

faisant toujours allusion à son nom de Guidon le Sauvage, que la-venture de lIle périlleuse rendit victorieux de dix chevaliers.

Aussitôt que le roi eut dîné, il conduisit les reines, Monsieur#Madame, et toutes les dames, dans un lieu on devoit tirer uneloterie, afin que rien ne manquât à la galanterie de ces fêtes. Cé-toient des pierreries, des ameublemens, de largenterie, et autreschoses semblables ; et, quoique le sort ait accoutumé de décider deces présens, il saccorda sans doute avec le désir de Sa Majesté,quand il fit tomber le gros lot entre les mains de la reine ; chacunsortant de ce lieu- fort content, pour aller voir les courses quisalloient commencer.

Enfin, Guidon et Olivier parurent sur les rangs, à cinq heuresdu soir, fort proprement vêtus et bien montés.

Le roi, avec toute la cour, les honora de sa présence ; et Sa Ma-esté lut même les articles des courses, afin quil ny eût aucunecontestation entre eux. Le succès en fut heureux au duc de Saint- ,Aignan, qui gagna le défi.

Le soir, Sa Majesté fit jouer les trois premiers actes dune comé-die , nommée Tartuffe , que le sieur de Molière avoit faite contre leshypocrites; mais, quoiquelle eût été trouvée fort divertissante, leroi connut tant de conformité entre ceux quune véritable dévotionmet dans le chemin du ciel, et ceux quune vaine ostentation desbonnes œuvres nempêche pas den commettre de mauvaises, queson extrême délicatesse pour les choses de la religion ne put souf-frir cette ressemblance du vice avec la vertu, qui pouvoient êtrelun pour lautre; et, quoiquon ne doutât point des bonnes