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ACTE I, SCÈNE II.
lon juam. — Et pourquoi craindre? Ne l’ai-je pas bien tué?sganarelle. — Fort bien, le mieux du monde, et il auroit tortde se plaindre.
don juan. — J’ai eu ma grâce de cette affaire.sganarelle. — Oui ; mais cette grâce n’éteint pas peut-être leressentiment des parens et des amis, et....
bon juan. — Ah 1 n’allons point songer au mal qui nous peutarriver, et songeons seulement à ce qui nous peut donner du plai-sir. La personne dont je te parle est une jeune fiancée, la plusagréable du monde, qui a été conduite ici par celui même qu’elley vient épouser, et le hasard me fit voir ce couple d’amans troisou quatre jours avant leur voyage. Jamais je n’ai vu deux personnesêtre si contentes l’une de l’autre, et faire éclater plus d’amour. Latendresse visible de leurs mutuelles ardeurs me donna de l’émo-tion; j’en fus frappé au cœur, et mon amour commença par la ja-lousie. Oui, je ne pus souffrir d’abord de les voir si bien en-semble; le dépit alluma mes désirs, et je me figurai un plaisirextrême à pouvoir troubler leur intelligence, et rompre cet atta-chement, dont la délicatesse de mon cœur se tenoit offensée; maisjusques ici tous mes efforts ont été inutiles, et j’ai recours au der-nier remède. Cet époux prétendu doit aujourd’hui régaler sa maî-tresse d’une promenade sur mer. Sans t’en avoir rien dit, touteschoses sont préparées pour satisfaire mon amour, et j’ai une petitebarque et des gens, avec quoi fort facilement je prétends enleverla belle.
sganarelle. — Ah! monsieur....don juan. — Hen?
sganarelle. — C’est fort bien fait à vous, et vous le prenezcomme il faut. Il n’est rien tel en ce monde que de se contenter.
don juan. — Prépare-toi donc à venir avec moi, et prends sointoi-même d’apporter toutes mes armes, afin que.... (Apercevantdone Elvire. ) Ah I rencontre fâcheuse. Traître I tu ne m’avois pasdit qu’elle étoit ici elle-même.sganarelle. — Monsieur, vous ne me l’avez pas demandé.don juan. — Est-elle folle, de n’avoir pas changé d’habit, et devenir en ce lieu-ci avec son équipage de campagne ?
SCÈNE III. — DONE ELVIRE , DON JUAN, SGANARELLE.
done elvire. — Me ferez-vous la grâce, don Juan, de vouloirbien me reconnoître ? et puis-je au moins espérer que vous dai-gniez tourner le visage de ce côté ?
don juan. — Madame, je vous avoue que je suis surpris, et queje ne vous attendois pas ici.
done elvire. — Oui ie vois bien que vous ne m’y attendiez