75
ACTE II, SCÈNE I.
cabiau, al fut le tirer de dessous li, et le fit choir tout de sodlong par tarre. Jara, vlà où l’en voit les gens qui aimont; maistoi, tu ne me dis jamais mot, t’es toujou là comme eune vraiesouche de bois; et je passeras vingt fois devant toi, que tu ne tegrouilleras pas pour me bailler le moindre coup, ou me dire lamoindre chose. Ventreguienne 1 ça n’est pas bian, après tout; ett’es trop froide pour les gens.
Charlotte. — Que veux-tu que j’y fasse? C’est mon himeur, et jene me pis refondre.
pierrot. — Ignia himeur qui quienne. Quand en a de l’amiquiépour les parsonnes, l’en en baille toujou queuque petite signifiance.
charlotte. — Enfin je t’aime tout autant que je pis, et si tu n’espas content de ça, tu n’as qu’à en aimer queuque autre.
pierrot. — Hé bian! vlà pas mon compte? Tétiguié, si tu m’ai-mois, me dirois-tu ça?
charlotte. — Pourquoi me viens-tu aussi tarabuster l’esprit?pierrot. — Morgué! queu mal te fais-je? Je ne te demande qu’unpeu d’amiquié.
charlotte. — Hé bien! laisse faire aussi, et ne me presse pointtant. Peut-être que ça viendra tout d’un coup sans y songer.pierrot. — Touche donc là, Charlotte.charlotte, donnant sa main. — Hé bien! quien.pierrot. — Promets-moi donc que tu tâcheras de m’aimer da-vantage.
charlotte. — J’y ferai tout ce que je pourrai; mais il faut queça vienne de lui-même. Piarrot, est-ce là ce monsieu?pierrot. — Oui, le vlà.
charlotte. — Ah! mon guieu, qu’il est genti, et que ç’auroitété dommage qu’il eût été nayé I
pierrot. — Je revians tout à l’heure; je m’en vas boire chopaine,pour me rebouter tant soit peu de la fatigue que j’ais eue.
SCENE II.— DON JUAN, SGANARELLE, CHARLOTTE,dans le fond du théâtre.
don jüan. — Nous avons manqué notre coup, Sganarelle, et cettebourrasque imprévue a renversé avec notre barque le projet quenous avions fait, mais, à te dire vrai, la paysanne que je viens dequitter répare ce malheur, et je lui ai trouvé des charmes qui ef-facent de mon esprit tout le chagrin que me donnoit le mauvaissuccès de notre entreprise. Il ne faut pas que ce cœur m’échappeet j’y ai déjà jeté des dispositions à ne pas me souffrir longtempsde pousser des soupirs.
sganarelle. — Monsieur, j’avoue que vous m’étonnez. A peinesommes-nous échappés d'un péril de mort qu’au lieu de rendra