RELATION
DE
LA FÊTE DE VERSAILLES,
DD 18 JUILLET 1668 *.
Le roi ayant accordé la paix aux instances de ses alliés , et auxvœux de toute l’Europe, et donné des marques d’une modérationet d’une bonté sans exemple, même dans le plus fort de ses con-quêtes, ne pensoit plus qu’à s’appliquer aux affaires de son royaume,lorsque, pour réparer, en quelque sorte, ce que la cour avoit perdudans le carnaval, pendant son absence, il résolut de faire une fêtedans les jardins de Versailles, où, parmi les plaisirs que l’on trouvedans un séjour si délicieux, l’esprit fût encore touché de ces beautéssurprenantes et extraordinaires dont ce grand prince sait si bienassaisonner tous ses divertissemens.
Pour cet effet, voulant donner la comédie ensuite d’une collation,et le souper après la comédie, qui fût suivi d’un bal et d’un feud’artifice, il jeta les yeux sur les personnes qu’il jugea les plus ca-pables pour disposer toutes les choses propres à cela. Il leur marqualui-même les endroits où la disposition du lieu pouvait, par sa beauténaturelle, contribuer davantage à leur décoration; et, parce que l’undes plus beaux ornemens de cette maison est la quantité des eauxque l’art y a conduites, malgré la nature qui les lui avoit refusées,Sa Majesté leur ordonna de s’en servir le plus qu’ils pourroient àl’embellissement de ces lieux, et même leur ouvrit les moyens deles employer et d’en tirer les effets qu’elles peuvent faire.
Pour l’exécution de cette fête, le duc de Créquy, comme premiergentilhomme de la chambre, fut chargé de ce qui regardoit la co-médie; le maréchal de Bellefonds, comme premier maître d’hôteldu roi, prit soin de la collation, du souper, et de tout ce qui re-gardoit le service des tables; et M. Colbert, comme surintendantdes bâtimens fit construire et embellir les divers lieux destinés à cedivertissement royal, et donna les ordres pour l’exécution des feuxd’artifice.
Le sieur Vigarani eut ordre de dresser le théâtre pour la comédie;le sieur Gissey, d’accommoder un endroit pour le souper; et le sieuïLe Vau, premier architecte du roi, un autre pour le bal.
1. Cette relation est de Félibien, auteur des Entretiens sur la vie et laouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes , et père de domFélibien qui écrivit, avec dom Lobineau, Y Histoire de la ville de Paris,Tous les intermèdes sont de Molière. j
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