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RELATION
Le mercredi, dix-huitième jour do juillet, ie roi étant parti deSaint Germain, vint dîner à Versailles avec la reine, Mgr le dau-phin, Monsieur et Madame. Le reste de la cour, étant arrivé in-continent après midi, trouva des officiers du roi qui faisoient leshonneurs, et recevoient tout le monde dans les salles du château,où il y avoit, en plusieurs endroits, des tables dressées et de quoise rafraîchir; les principales dames furent conduites dans des cham-bres particulières pour se reposer.
Sur les six heures du soir, le roi, ayant commandé au marqu's deGesvres, capitaine de ses gardes, de faire ouvrir toutes les portes,afin qu’il n’y eût personne qui ne prît part au divertissement, sortitdu château avec la reine et tout le reste de la cour, pour prendre leplaisir de la promenade.
Quand Leurs Majestés eurent fait le tour du grand parterre, ellesdescendirent dans celui de gazon qui est du côté de la Grotte, où,après avoir considéré les fontaines qui les embellissent, elles s’arrê-tèrent particulièrement à regarder celle qui est au bas du petit parc,du côté de la pompe. Dans le milieu de son bassin, l’on voit undragon de bronze qui, percé d’une flèche, semble vomir le sangpar la gueule, en poussant en l’air un bouillon d’eau qui retombe enpluie et couvre tout le bassin.
Autour de ce dragon, il y a quatre petits Amours sur des cygnes,qui font chacun un grand jet d’eau, et qui nagent vers le bord,comme pour se sauver. Deux de ces Amours, qui sont en face dudragon, se cachent le visage avec la main pour ne le pas voir, etsur leur visage l’on aperçoit toutes les marques de la crainte parfai-tement exprimées; les deux autres, plus hardis parce que le monstren’est pas tourné de leur côté, l’attaquent de leurs armes. Entre cesAmours, sont des dauphins de bronze, dont la gueule ouverte pousseen l’air de gros bouillons d’eau.
Leurs Majestés allèrent ensuite chercher le frais dans ces bosquetssi délicieux, où l’épaisseur des arbres empêche que le soleil ne sefasse sentir. Lorsqu’elles furent dans celui dont un grand nombred’agréables allées forme une espèce de labyrinthe, elles arrivèrent,après plusieurs détours, dans un cabinet de verdure pentagone, oùaboutissent cinq allées. Au milieu de ce cabinet., il y a une fontainedont le bassin est bordé de gazon. De ce bassin sortoient cinq tablesen manière de buffets, chargées de toutes les choses qui peuventcomposer une collation magnifique.
L’une de ces tables représentoit une montagne, où, dans plusieursespèces de cavernes, on voyoit diverses sortes de viandes froides;l’autre étoit comme la face d’un palais bâti de massepains et pâtessucrées. Il y en avoit une chargée de pyramides de confitures sèches;une autre d’une infinité de vases remplis de toutes sortes de liqueu*s;et la dernière étoit composée de caramels. Toutes ces tables, dont le*