DE LA FÊTE DE VERSAILLES.
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rencontroient dans les huit côtés. Du milieu du portique pendoientde grands festons de fleurs, attachés de part et d’autre. Aux deuxcôtés de l’entrée, et sur deux piédestaux, on voyoit des Termesreprésentant des Satyres, qui étoient là comme les gardes de cebeau lieu. A la hauteur de huit pieds, ce salon étoit ouvert parles six côtés, entre la porte par où l’on entroit, et l’allée du mi-lieu; ces ouvertures formoient six grandes arcades, qui servoientde tribunes, où l’on a voit dressé plusieurs sièges en forme d’am-phithéâtres, pour asseoir plus de six-vingts personnes dans chacune.Ces enfoncemens étoient ornés de feuillages, qui, venant se terminercontre les pilastres et le haut des arcades, y montroient assez que cebel endroit étoit paré comme un jour de fête, puisque Ton y mêloitdes feuilles et des fleurs pour l’orner ; car les impostes et les clefsdes arcades étoient marquées par des festons et des ceintures _defleurs.
Du côté droit, dans l’arcade du milieu, et au haut de l’enfonce-ment, étoit une grotte de rocaille, où, dans un large bassin tra-vaillé rustiquement, Ton voyoit Arion porté sur un dauphin, ettenant une lyre; il y avoit à côté de lui deux Tritons : c’étoitdans ce lieu que les musiciens étoient placés. A l’opposite, Ton avoitmis tous les joueurs d’instrumens ; l’enfoncement de l’arcade où ilsétoient, formoit aussi une grotte, où Ton voyoit Orphée sur unrocher, qui sembloit joindre sa voix à celle de deux Nymphes assisesauprès de lui. Dans le fond des quatre autres arcades, il y avoitd’autres grottes, où, par la gueule de certains monstres, sortoit'de l’eau qui tomboit dans des bassins rustiques, d’où elle s’échap-poit entre des pierres, et dégouttait lentement parmi la mousse etles rocailles.
Contre les huit pilastres qui formoient ces arcades, et sur despiédestaux de marbre, Ton avoit posé huit grandes figures defemmes, qui tenoient dans leurs mains divers instrumens, dontelles sembloient se servir pour contribuer au divertissement du bal.
Dans le milieu des piédestaux, il y avoit des masques de bronzedoré, qui jetoient de l’eau dans un bassin. Au bas de chaque pié-destal, et des deux côtés du même bassin, s’élevoient deux jetsd’eau, qui formoient deux chandeliers. Tout autour de ce salonrégnoit un siège de marbre, sur lequel, d’espace en espace, étoientplusieurs vases remplis d’orangers.
Dans l’arcade qui étoit vis-à-vis de l’entrée, et qui servoit d’ou-verture à une grande allée de verdure, Ton voyoit encore, sur deuxpiédestaux, deux figures qui représentoient Flore et Pomone. De cespiédestaux, il en sortoit de l’eau comme de ceux du salon.
Le haut du salon s’élevoit au-dessus de la corniche, par huit pans,jusqu’à la hauteur de douze pieds ; puis, formant un plafond de fi-gure octogone, laissoit, dans le milieu, une ouverture de pareille