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POESIES DIVERSES.
Et dans quel fonds tu prends cette variétéDont l’esprit est surpris, et l’œil est enchanté.
Dis-nous quel feu divin, dans tes fécondes veilles,
De tes expressions enfante les merveilles ;
Quels charmes ton pinceau répand dans tous ses traits »Quelle force il y mêle à ses plus doux attraits,
Et quel est ce pouvoir qu’au bout des doigts tu portes,
Qui sait faire à nos yeux vivre des choses mortes,
Et, d’un peu de mélange et de bruns et de clairs,
Rendre esprit la couleur, et les pierres des chairs.
Tu te tais, et prétends que ce sont des matièresDont tu dois nous cacher les savantes lumières,
Et que ces beaux secrets, à tes travaux vendus,
Te coûtent un peu trop pour être répandus ;
Mais ton pinceau s’explique, et trahit ton silence ;
Malgré toi, de ton art il nous fait confidence ;
Et, dans ses beaux efforts à nos yeux étalés,
Les mystères profonds nous en sont révélés.
Une pleine lumière ici nous est offerte;
Et ce dôme pompeux est une école ouverte.
Où l’ouvrage, faisant l’office de la voix,
Dicte de ton grand art les souveraines lois.
Il nous dit fortement les trois nobles parties 1 2Qui rendent d’un tableau les beautés assorties,
Et dont, en s’unissant, les talens relevésDonnent à l’univers les peintres achevés.
Mais des trois, comme reine, il nous expose celle ’
Que ne peut nous donner le travail, ni le zèle ;
Et qui, comme un présent de la faveur des cieux,
Est du nom de divine appelée en tous lieux ;
Elle, dont l’essor monte au-dessus du tonnerre,
Et sans qui l’on demeure à ramper contre terre,
Qui meut tout, règle tout, en ordonne à son choix,
Et des deux autres mène et régit les emplois.
Il nous enseigne à prendre une digne matière,
Qui donne au feu du peintre une vaste carrière,
Et puisse recevoir tous les grands omemensQu’enfante un beau génie en ses accouchemens^
Et dont la poésie et sa sœur la peinture,
Parant l’instruction de leur docte imposture,
Composent avec art ces attraits, ces douceurs,
Qui font à leurs leçons un passage en nos cœurs ;
1 . L’invention, le dessin, le coloris. (Note de Molière.)
2. L’invention, première partie de la peinture. (Note de Molière.)