Buch 
Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
Entstehung
JPEG-Download
 

40

CIVILISATION EN EUROPE.

DEUXIÈME LEÇON.

Objet de la leçon. Unité de la civilisation ancienne. Variété de la civilisation moderne. Sa supériorité._État do

lEurope à la chute de l'empire romain. Prépondérance des villes, Tentative de réforme politique par les empereurs.

Rescrit d'Honorius et de Tliéodose II. Puissance du nom de l'empire. I.'Église chrétienne. Les divers états parelle a passé au cinquième siècle. Le clergé dans les fonctions municipales. Bonne et mauvaise influence de l'Église.

Les Barbares. Ils introduisent dans le monde moderne le sentiment de lindépendance personnelle et le dévouementd'homme à homme. Résumé des divers éléments de la civilisation au commencement du cinquième siècle.

Messieurs,

En pensant au plan du cours que je me suis pro-posé de vous présenter, je crains que mes leçonsnaient un double inconvénient, quelles ne soientbien longues, par la nécessité de resserrer un grandsujet dans un espace fort court, et en même tempstrop concises. Je me trouverai quelquefois obligéde vous retenir ici au delà de lheure accoutumée;et je ne pourrai cependant donner tous les dévelop-pements quexigeraient les questions. Sil arrivaitque, pour quelques personnes, des explicationsparussent nécessaires, sil y avait dans vos espritsquelque incertitude, quelque grave objection surce que jaurai eu lhonneur de vous dire, je vousprie de me les faire connaître par écrit. A la fin dechaque leçon, ceux qui désireront recevoir à cesujet quelque réponse nauront quà rester; je leurdonnerai volontiers toutes les explications qui se-ront en mon pouvoir.

Je crains encore un autre inconvénient, et parla même cause ; cest la nécessité daffirmer quel-quefois sans prouver. Cest aussi leffet de létroitespace je me trouve renfermé. Il y aura des idées,des assertions dont la confirmation ne pourra venirque plus tard. Vous serez donc quelquefois obligés,je vous en demande pardon, de me croire sur pa-role. Je rencontre à linstant même loccasion devous imposer cette épreuve.

Jai essayé, dans la précédente leçon, dexpliquerle fait de la civilisation en général, sans parlerdaucune civilisation particulière, sans tenir comptedes circonstances de temps et de lieu, en considé-rant le fait en lui-même et sous un point de vuepurement philosophique. Jaborde aujourdhui lhis-

toire de la civilisation européenne; mais avant den-trer dans le récit proprement dit, je voudrais vousfaire connaître dune manière générale la physiono-mie particulière de cette civilisation. Je voudraisla caractériser devant vous assez clairement pourquelle vous apparût bien distincte de toutes lesautres civilisations qui se sont développées dans lemonde. Je vais lessayer; mais je ne pourrai guèrequaffirmer; ou bien il faudra que je réussisse àpeindre la société européenne avec tant de fidélité,que vous la reconnaissiez sur-le-champ et commeun portrait. Je nose men ilatter.

Quand on regarde aux civilisations qui ont pré-cédé celle de lEurope moderne, soit en Asie, soitailleurs, y compris même la civilisation grecqueet romaine, il est impossible de ne pas être frappéde lunité qui y règne. Elles paraissent émanéesdun seul fait, dune seule idée; on dirait que lasociété a appartenu à un principe unique qui ladominée, et en a déterminé les institutions, lesmœurs, les croyances, en un mot tous les dévelop-pements.

En Égypte, par exemple, cétait le principe théo-cratique qui possédait la société tout entière ; ilsest reproduit dans ses mœurs, dans ses monu-ments, dans tout ce qui nous reste de la civilisa-tion égyptienne. Dans lInde, vous trouverez lemême fait; cest encore la domination presque ex-clusive du principe théocratique. Ailleurs, vousverrez une autre organisation : ce sera la domina-tion dune caste conquérante ; le principe de laforce possédera seul la société, lui imposera ses lois,son caractère. Ailleurs, la société sera lexpressiondu principe démocratique; ainsi il est arrivé dansi les républiques commerçantes qui ont couvert les