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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN EUROPE.

la dissolution intérieure de lempire, contre la Bar-barie, qui a conquis les Barbares, qui est devenuele lien, le moyen, le principe de civilisation entrele monde romain et le monde barbare. Cest donclétat de lÉglise plus que celui de la religion pro-prement dite quil faut considérer au v' siècle, pourrechercher ce que le christianisme a dès lors ap-porté à la civilisation moderne, quels éléments ily introduisait. Quétait à cette époque lÉglise chré-tienne?

Quand on regarde, toujours sous un point de vuepurement humain, aux diverses révolutions qui sesont accomplies dans le développement du chris-tianisme, depuis son origine jusquau v' siècle, à leconsidérer uniquement comme société, je le répète,nullement comme croyance religieuse, on trouvequil a passé par trois étals essentiellement diffé-rents.

Dans les premiers temps, tout à fait dans lespremiers temps, la société chrétienne se présentecomme une pure association de croyances et desentiments communs; les premiers chrétiens seréunissent pour jouir ensemble des mêmes émo-tions, des mêmes convictions religieuses. On nytrouve aucun système de doctrine arrêté, aucun en-semble de règles, de discipline, aucun corps demagistrats.

Sans doute il nexiste pas de société, quelquenaissante, quelque faiblement constituée quellesoit, il nen existe aucune ne se rencontre unpouvoir moral qui lanime et la dirige. Il y avait,dans les diverses congrégations chrétiennes, deshommes qui prêchaient, qui enseignaient, quigouvernaient moralement la congrégation ; maisaucun magistrat institué, aucune discipline; lapure association dans des croyances et des senti-ments communs, cest létat primitif de la sociétéchrétienne.

A mesure quelle avance, et très-promptement,puisque la trace sen laisse entrevoir dans les pre-miers monuments, on voit poindre un corps dedoctrines, des règles de discipline et des magis-trats : des magistrats appelés les unsxpie-Zuripot, ouanciens, qui sont devenus des prêtres; les autrest!T(sou inspecteurs, surveillants, qui sont de-venus des évêques; les autres hxtcoioi , ou diacres,chargés du soin des pauvres et de la distributiondes aumônes.

Il est à peiyjrès impossible de déterminer quel-les étaient les fonctions précises de ces divers ma-gistrats; la ligne de démarcation était probablementtrès-vague et flottante; mais, enfin, les institutionscommençaient. Cependant un caractère domineencore dans celte seconde époque : cest que lem-

pire, la prépondérance dans la société, appartientau corps des fidèles. Cest le corps des fidèles quiprévaut quant au choix des magistrats, et quant àladoption, soit de la discipline, soit même de ladoctrine. 11 ne sest point fait encore de séparationentre le gouvernement et le peuple chrétien. Ilsnexistent pas lun à part de lautre, lun indépen-damment de lautre; et cest le peuple chrétien quiexerce la principale influence dans la société.

A la troisième époque, on trouve tout autrechose. Il existe un clergé séparé du peuple, uncorps de prêtres qui a ses richesses, sa juridiction,sa constitution propre, en un mot, un gouverne-ment tout entier, qui est en lui-même une sociétécomplète, une société pourvue de tous les moyensdexistence, indépendamment de la société à la-quelle elle sapplique et sur laquelle elle étend soninfluence. Telle est la troisième époque de la con-stitution de lEglise chrétienne, et létat dans lequelelle apparaît au commencement du v' siècle. Legouvernement ny est point complètement séparédu peuple; il ny a pas de gouvernement pareil, etbien moins en matière religieuse quen toute autre ;mais dans les rapports du clergé et des fidèles,cest le clergé qui domine, et domine presque sanscontrôle.

Le clergé chrétien avait, de plus, un bien autremoyen dinfluence. Les évêques et les clercs étaientdevenus les premiers magistrats municipaux. Vousavez vu quil ne restait, à proprement parler, delempire romain, que le régime municipal. Il étaitarrivé, par les vexations du despotisme et la ruinedes villes, que les curiales, ou membres des corpsmunicipaux, étaient tombés dans le décourage-ment et lapathie; les évêques au contraire et lecorps des prêtres, pleins de vie, de zèle, soffraientnaturellement à tout surveiller, à tout diriger. Onaurait tort de le leur reprocher, de les taxer du-surpation. Ainsi le voulait le cours naturel deschoses; le clergé seul était moralement fort etanimé; il devint partout puissant. Cest la loi delunivers.

Cette révolution est empreinte dans toute la lé-gislation des empereurs à cette époque. Si vous ou-vrez le code Théodosien, ou le code Justinien,vous y trouverez un grand nombre de dispositionsqui remettent les affaires municipales au clergé etaux évêques. En voici quelques-unes :

Cad. Jutt. L. i, lit. iv, de epittopali audienlia , S 26.Quant aux affaires annuelles des cilés (soit quil sagisse desrevenus ordinaires de la cité, ou de fonds provenants desbiens de la cité, ou de dons particuliers ou de legs, ou detoute autre source, soit quon ait à traiter des travaux publics,ou des magasins de vivres, ou des aqueducs, ou de l'entretien