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CIVILISATION EN EUROPE.
la dissolution intérieure de l’empire, contre la Bar-barie, qui a conquis les Barbares, qui est devenuele lien, le moyen, le principe de civilisation entrele monde romain et le monde barbare. C’est doncl’état de l’Église plus que celui de la religion pro-prement dite qu’il faut considérer au v' siècle, pourrechercher ce que le christianisme a dès lors ap-porté à la civilisation moderne, quels éléments ily introduisait. Qu’était à cette époque l’Église chré-tienne?
Quand on regarde, toujours sous un point de vuepurement humain, aux diverses révolutions qui sesont accomplies dans le développement du chris-tianisme, depuis son origine jusqu’au v' siècle, à leconsidérer uniquement comme société, je le répète,nullement comme croyance religieuse, on trouvequ’il a passé par trois étals essentiellement diffé-rents.
Dans les premiers temps, tout à fait dans lespremiers temps, la société chrétienne se présentecomme une pure association de croyances et desentiments communs; les premiers chrétiens seréunissent pour jouir ensemble des mêmes émo-tions, des mêmes convictions religieuses. On n’ytrouve aucun système de doctrine arrêté, aucun en-semble de règles, de discipline, aucun corps demagistrats.
Sans doute il n’existe pas de société, quelquenaissante, quelque faiblement constituée qu’ellesoit, il n’en existe aucune où ne se rencontre unpouvoir moral qui l’anime et la dirige. Il y avait,dans les diverses congrégations chrétiennes, deshommes qui prêchaient, qui enseignaient, quigouvernaient moralement la congrégation ; maisaucun magistrat institué, aucune discipline; lapure association dans des croyances et des senti-ments communs, c’est l’état primitif de la sociétéchrétienne.
A mesure qu’elle avance, et très-promptement,puisque la trace s’en laisse entrevoir dans les pre-miers monuments, on voit poindre un corps dedoctrines, des règles de discipline et des magis-trats : des magistrats appelés les uns ■xpie-Zuripot, ouanciens, qui sont devenus des prêtres; les autrest!T(sou inspecteurs, surveillants, qui sont de-venus des évêques; les autres hxtcoioi , ou diacres,chargés du soin des pauvres et de la distributiondes aumônes.
Il est à peiyjrès impossible de déterminer quel-les étaient les fonctions précises de ces divers ma-gistrats; la ligne de démarcation était probablementtrès-vague et flottante; mais, enfin, les institutionscommençaient. Cependant un caractère domineencore dans celte seconde époque : c’est que l’em-
pire, la prépondérance dans la société, appartientau corps des fidèles. C’est le corps des fidèles quiprévaut quant au choix des magistrats, et quant àl’adoption, soit de la discipline, soit même de ladoctrine. 11 ne s’est point fait encore de séparationentre le gouvernement et le peuple chrétien. Ilsn’existent pas l’un à part de l’autre, l’un indépen-damment de l’autre; et c’est le peuple chrétien quiexerce la principale influence dans la société.
A la troisième époque, on trouve tout autrechose. Il existe un clergé séparé du peuple, uncorps de prêtres qui a ses richesses, sa juridiction,sa constitution propre, en un mot, un gouverne-ment tout entier, qui est en lui-même une sociétécomplète, une société pourvue de tous les moyensd’existence, indépendamment de la société à la-quelle elle s’applique et sur laquelle elle étend soninfluence. Telle est la troisième époque de la con-stitution de l’Eglise chrétienne, et l’état dans lequelelle apparaît au commencement du v' siècle. Legouvernement n’y est point complètement séparédu peuple; il n’y a pas de gouvernement pareil, etbien moins en matière religieuse qu’en toute autre ;mais dans les rapports du clergé et des fidèles,c’est le clergé qui domine, et domine presque sanscontrôle.
Le clergé chrétien avait, de plus, un bien autremoyen d’influence. Les évêques et les clercs étaientdevenus les premiers magistrats municipaux. Vousavez vu qu’il ne restait, à proprement parler, del’empire romain, que le régime municipal. Il étaitarrivé, par les vexations du despotisme et la ruinedes villes, que les curiales, ou membres des corpsmunicipaux, étaient tombés dans le décourage-ment et l’apathie; les évêques au contraire et lecorps des prêtres, pleins de vie, de zèle, s’offraientnaturellement à tout surveiller, à tout diriger. Onaurait tort de le leur reprocher, de les taxer d’u-surpation. Ainsi le voulait le cours naturel deschoses; le clergé seul était moralement fort etanimé; il devint partout puissant. C’est la loi del’univers.
Cette révolution est empreinte dans toute la lé-gislation des empereurs à cette époque. Si vous ou-vrez le code Théodosien, ou le code Justinien,vous y trouverez un grand nombre de dispositionsqui remettent les affaires municipales au clergé etaux évêques. En voici quelques-unes :
Cad. Jutt. L. i, lit. iv, de epittopali audienlia , S 26. —Quant aux affaires annuelles des cilés (soit qu’il s’agisse desrevenus ordinaires de la cité, ou de fonds provenants desbiens de la cité, ou de dons particuliers ou de legs, ou detoute autre source, soit qu’on ait à traiter des travaux publics,ou des magasins de vivres, ou des aqueducs, ou de l'entretien