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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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DEUXIÈME LEÇON.

des bains , ou des ports , ou de la construction des muraillesou des tours , ou de la réparation des ponts et des routes, oudes procès la cité pourrait être engagée à loccasion dinté-rêts publics ou privés), nous ordonnons ce qui suit : Le très-pieux évêque et trois hommes de bon renom dentre les pre-miers de la cité se réuniront ; ils examineront chaque annéeles travaux faits ; ils prendront soin que ceux qui les condui-sent, ou les ont conduits, les mesurent exactement, en rendentcompte , et fassent voir quils ont acquitté leurs engagementsdans ladministration, soit des monuments publics, soit dessommes affectées aux vivres et aux bains, soit de tout ce quisc dépense pour lentretien des routes, des aqueducs ou toutautre emploi.

Jbid. } § 30. A légard de la curatelle des jeunes gens, dupremier ou du second âge, et de tous ceux à qui la loi donnedes curateurs, si leur fortune ne s'étend pas au delà de 500aurei, nous ordonnons qu'on n'attende pas la nomination duprésident de la province, ce qui donnerait lieu à de grandesdépenses , surtout si ledit président ne demeurait pas dans laville il faudrait pourvoir à la curatelle. La nomination descurateurs ou tuteurs devra se faire alors par le magistrat dela cité... de concert avec le très-pieux évêque et autres per-sonnes revêtues de charges publiques, si la cité en possèdeplusieurs.

Ibid., L. i, tit. iv, de defensoribus, § 8. Nous voulonsque les défenseurs des cités, bien instruits des saints mystèresdelà foi orthodoxe, soient choisis el institués par les vénéra-bles évêques, les clercs, les notables, les propriétaires et lescuriales. Quant à leur installation, on en référera à la glo-rieuse puissance du préfet du prétoire , afin que leur autoritépuise, dans les lettres dadmission de sa Magnificence, plusde solidité et de vigueur.

Je pourrais citer un très-grand nombre dautreslois; vous verriez éclater partout ce fait-ci : entre lerégime municipal romain el le régime municipaldu moyen âge, sest interposé le régime municipalecclésiastique; la prépondérance du clergé dans lesaffaires de la cité a succédé à celle des anciens ma-gistrats municipaux, el précédé lorganisation descommunes modernes.

Vous comprenez quels moyens prodigieux de pou-voir lÉglise chrétienne puisait ainsi, soit dans sapropre constitution, dans sou action sur le peuplechrétien, soit dans la part quelle prenait aux af-faires civiles. Aussi a-t-elle puissamment concouru,dès cette époque, au caractère et au développementde la civilisation moderne. Essayons de résumer leséléments quelle y a dès lors introduits.

Et dabord, ce fut un immense avantage que laprésence dune influence morale, dune force mo-rale, dune force qui reposait uniquement sur lesconvictions, les croyances et les sentiments mo-raux, au milieu de ce déluge de force matérielle quivint fondre à cette époque sur la société. Si lÉglisechrétienne navait pas existé, le monde entier au-rait été livré à la pure force matérielle. Elle exer-çait seule un pouvoir moral. Elle faisait plus : elleentretenait, elle répandait lidée dune règle, duneloi supérieure à toutes les lois humaines; elle pro-

fessait cette croyance fondamentale pour le salut delhumanité, quil y a , au-dessus de toutes les loishumaines, une loi appelée, selon les temps et lesmœurs, tantôt la raison, tantôt le droit divin, maisqui, toujours et partout, est la même loi sous desnoms divers.

Enfin, lÉglise commençait un grand fait, la sé-paration du pouvoir spirituel et du pouvoir tempo-rel. Cette séparation, messieurs, cest la source dela liberté de conscience : elle ne repose pas sur unautre principe que celui qui sert de fondement à laliberté de conscience la plus rigoureuse et la plusétendue. La séparation du temporel et du spirituelse fonde sur celte idée que la force matérielle nani droit ni prise sur les esprits, sur la conviction,sur la vérité. Elle découle de la distinction établieentre le monde de la pensée et le monde de lac-tion , le monde des faits intérieurs et celui des faitsextérieurs. En sorte que ce principe de la libertéde conscience pour lequel lEurope a tant com-battu , tant souffert, qui a prévalu si tard, et sou-vent contre le gré du clergé, ce principe était dé-posé, sous le nom de séparation du temporel el duspirituel, dans le berceau de la civilisation euro-péenne; et cest léglise chrétienne qui, par une né-cessité de sa situation, pour se défendre alors contrela barbarie, ly a introduit et maintenu.

La présence dune influence morale, le maintiendune loi divine, et la séparation du pouvoir tem-porel et du pouvoir spirituel, ce sont les troisgrands bienfaits quau v e siècle lEglise chrétiennea répandus sur le monde européen.

Tout na pas été, même dès lors, également salu-taire dans son influence. Déjà, au v' siècle, parais-saient dans lÉglise quelques mauvais principes quiont joué un grand rôle dans le développement denotre civilisation. Ainsi prévalait dans son sein, àcette époque, la séparation des gouvernants et desgouvernés, la tentative de fonder lindépendancedes gouvernants à légard des gouvernés, dimposerdes lois aux gouvernés, de posséder leur esprit etleur vie, sans la libre acceptation de leur raison elde leur volonté. LÉglise tendait de plus à faire pré-valoir dans la société le principe théocratique, àsemparer du pouvoir temporel, à dominer exclusi-vement. Et quand elle ne réussissait pas à semparerde la domination, à faire prévaloir le principe théo-cratique, elle salliait avec les princes temporels,et, pour le partager, soutenait leur pouvoir absolu,aux dépens de la liberté des sujets.

Tels étaient, messieurs, les principaux élémentsde civilisation quau v' siècle lEurope tenait soit delÉglise, soit de lempire. Cest dans cet état queles Barbares ont trouvé le monde romain, el sont