DEUXIÈME LEÇON.
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importé et déposé dans le berceau de la civilisationmoderne. Il y a joué un si grand rôle, il y a produitde si beaux résultats, qu’il est impossible de ne pasle mettre en lumière comme un .de ses éléments fon-damentaux.
11 y a, messieurs, un second fait, un second élé-ment de civilisation que nous tenons pareillementdes Barbares seuls, c’est le patronage militaire, lelien qui s’établissait entre les individus, entre lesguerriers, et qui, sans détruire la liberté de chacun,sans même détruire, dans l’origine, jusqu’à un cer-tain point, l’égalité qui existait à peu près entreeux, fondait cependant une subordination hiérar-chique, et commençait cette organisation aristocra-tique qui est devenue plus tard la féodalité. Le traitfondamental de cette relation était l’attachement del’homme à l’homme, la fidélité de l’individu à l’in-dividu, sans nécessité extérieure, sans obligationfondée sur les principes généraux de la société. Vousne verrez dans les républiques anciennes aucunhomme attaché spécialement et librement à un autrehomme; ils étaient tous attachés à la cité. Parmiles Barbares, c’est entre les individus que le liensocial s’est formé, d’abord par la relation du chefau compagnon, quand ils vivaient en état de bandeparcourant l’Europe; plus tard, parla relation dusuzerain au vassal. Ce second principe, qui a jouéaussi un grand rôle dans l’histoire de la civilisationmoderne, ce dévouement de l’homme à l’homme,c’est des Barbares qu’il nous vient, c’est de leursmœurs qu’il est entré dans les nôtres.
Je vous le demande, messieurs, ai-je eu tort dedire en commençant que la civilisation moderneavait été, dans son berceau même, aussi variée,aussi agitée, aussi confuse que j’ai essayé de vousla peindre dans le tableau général que je vous en aiprésenté ? N’est-il pas vrai que nous venons de re-trouver, à la chutedel’empireromain, presque tousles éléments qui se rencontrent dans le développe-ment progressif de notre civilisation? Nous y avonstrouvé trois sociétés toutes différentes : la sociétémunicipale, dernier reste de l’empire romain; la
société chrétienne, la société barbare. Nous trou-vons ces sociétés très- diversement organisées, fon-dées surdes principes tout différents, inspirant auxhommes des sentiments tout différents; le besoin del’indépendance la plus absolue à côté de la soumis-sion la plus entière ; le patronage militaire à côté dela domination ecclésiastique; le pouvoir spirituel etle pouvoir temporel partout en présence ; les canonsde l’Église, la législation savante des Romains, lescoutumes à peine écrites des Barbares; partout lemélange ou plutôt la coexistence des races, deslangues, des situations sociales, des mœurs, desidées, des impressions les plus diverses. C’est là, jecrois, une bonne preuve de la vérité du caractèregénéral sous lequel j’ai essayé de vous présenternotre civilisation.
Sans doute, messieurs, cette confusion, celte di-versité, cette lutte, nous ont coûté très-cher; c’estce qui a fait la lenteur des progrès de l’Europe, lesorages et les souffrances auxquelles elle a été enproie. Cependant, je ne crois pas qu’il faille y avoirregret. Pour les peuples comme pour les individus,la chance du développement le plus varié, le pluscomplet, la chance d’un progrès dans toutes les di-rections, et d’un progrès presque indéfini, cettechance compense à elle seule tout ce qu’il en peutcoûter pour avoir le droit de la courir. A toutprendre, cet état si agité, si laborieux, si violent,a beaucoup mieux valu que la simplicité avec la-quelle se présentent d’autres civilisations; le genrehumain y a plus gagné que souffert.
Je m’arrête, messieurs. Nous connaissons main-tenant, sous ses traits généraux, l’état où la chutede l’empire romain a laissé le monde; nous con-naissons les différents éléments qui s’agitent et semêlent pour enfanter la civilisation européenne.Nous les'verrons désormais marcher et agir sous nosyeux. Dans la prochaine leçon, j’essayerai de mon-trer ce qu’ils sont devenus et ce qu’ils ont fait dansl’époque qu’on a coutume d’appeler les temps debarbarie, c’est-à-dire, tant que se prolonge le chaosde l’invasion.
ss.
m'
Ct'IZOT.
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