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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN EUROPE.

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action soit prompte, apparente, d'aspirer au plaisirdassister à leur succès, à leur pouvoir, à leurtriomphe. Cela nest pas toujours possible, ni mêmetoujours utile. Il y a des temps, des situationsles influences indirectes, inaperçues, sont seulesbonnes et praticables. Je prendrai encore un exem-ple dans lordre politique : plus dune fois, notam-ment en 1641, le parlement dAngleterre a ré-clamé, comme beaucoup dautres assemblées dansdes crises analogues, le droit de nommer directe-ment les grands officiers de la couronne, les minis-tres, les conseillers dEtat, etc.; il regardait cetteaction directe dans le gouvernement comme uneimmense et précieuse garantie. Il la quelquefoisexercée, et lépreuve a toujours mal réussi. Leschoix étaient mal concertés, les affaires mal gou-vernées. Quarrive-l-il pourtant aujourdhui en An-gleterre? Nest-ce pas linfluence des chambres quidécide de la formation du ministère, de la nomina-tion de tous les grands officiers de la couronne?Oui; mais cest une influence indirecte, générale,au lieu dune intervention spéciale. Leffet auquellAngleterre a longtemps aspiré est produit, maispar une autre voie; la première navait jamais con-duit à bien.

Il y en a une raison, messieurs, sur laquelle jevous demande la permission de vous arrêter unmoment : laction directe suppose, dans ceux à quielle est confiée, beaucoup plus de lumières, de rai-son , de prudence; comme ils atteindront le butsur-le-champ et de plein saut, il faut quils soientsûrs de ne le point manquer. Les influences indi-rectes, au contraire, ne sexercent quà travers desobstacles, après des épreuves qui les contiennent etles rectifient; elles sont condamnées, avant deréussir, à subir la discussion, à se voir combattues,contrôlées; elles ne triomphent que lentement, àcondition, dans une certaine mesure. Cest pour-quoi , lorsque les esprits ne sont pas encore assezavancés, assez mûrs pour que laction directe leurpuisse être remise avec sécurité, les influences in-directes, souvent insuffisantes, sont pourtant pré-férables. Cétait ainsi que le peuple chrétien agis-sait sur son gouvernement, très-incomplélement,beaucoup trop peu, jen suis convaincu ; cependantil agissait.

Il y avait aussi, messieurs, une autre cause derapprochement entre lÉglise et les laïques : cétaitla dispersion, pour ainsi dire, du clergé chrétiendans toutes les conditions sociales. Presque partout,quand une Église sest constituée indépendante dupeuple quelle gouvernait, le corps des prêtres a étéformé dhommes à peu près dans la même situa-tion : non quil ne se soit introduit parmi eux das-

sez grandes inégalités; cependant, à tout prendre,le pouvoir a appartenu à des collèges de prêtres vi-vant en commun et gouvernant, du fond dun tem-ple, le peuple soumis à leurs lois. LEglise chré-tienne était tout autrement organisée. Depuis lamisérable habitation du colon, du serf, au pied duchâteau féodal, jusquauprès du roi, partout il yavait un prêtre, un membre du clergé. Le clergéétait associé à toutes les conditions humaines. Cettediversité dans la situation des prêtres chrétiens, cepartage de toutes les fortunes, a été un grand prin-cipe dunion entre le clergé et les laïques, principequi a manqué à la plupart des Eglises investies dupouvoir. Les évêques, les chefs du clergé chrétienétaient, de plus, comme vous lavez vu, engagésdans lorganisation féodale, membres de la hiérar-chie civile en même temps que de la hiérarchie ec-clésiastique. De des intérêts, des habitudes, desmœurs communes entre lordre civil et lordre re-ligieux. On sest beaucoup plaint, et avec raison,des évêques qui allaient à la guerre, des prêtres quimenaient la vie des laïques. A coup sûr, cétait ungrand abus; abus bien moins fâcheux pourtant quena été ailleurs lexistence de ces prêtres qui nesortaient jamais du temple, dont la vie était tout àfait séparée de la vie commune. Des évêques, asso-ciés jusquà un certain point aux désordres civils,valent mieux que des prêtres complètement étran-gers à la population, à ses affaires, à ses moeurs.Il y a eu, sous ce rapport, entre le clergé et lepeuple chrétien, une parité de destinée, de situa-tion, qui a, sinon corrigé, du moins atténué lemal de la séparation des gouvernants et des gou-vernés.

Maintenant, messieurs, celte séparation une foisadmise, et ses limites déterminées, comme je viensdessayer de le faire, cherchons comment lÉglisechrétienne gouvernait, de quelle manière elle agis-sait sur les peuples soumis à son empire. Que fai-sait-elle, dune part, pour le développement delhomme, le progrès intérieur de lindividu; delautre, pour lamélioration de létat social ?

Quant au développement de lindividu, je ne croispas, à vrai dire, quà lépoque qui nous occupe,lEglise sen inquiétât beaucoup : elle tâchait din-spirer aux puissants du monde des sentiments [dusdoux, plus de justice dans leurs relations avec lesfaibles; elle entretenait, dans les faibles, la viemorale, des sentiments, des espérances dun ordreplus élevé que ceux auxquels les condamnait leurdestinée de tous les jours. Je ne crois pas cepen-dant que, pour le développement individuel pro-prement dit, pour mettre en valeur la nature per-sonnelle des hommes, lÉglise fit beaucoup à cette